Débuts d’un soulèvement en Irak

Notre camarade Muayad Ahmed, actuellement en Irak nous a permis de traduire cette analyse qu’il a rédigé et qui a été initialement publié par Alliance for Workers Liberty en Angleterre. Pour lui la situation en Irak est sans précédent depuis 2003

Un rapport conjoint des ministères irakiens de l’Intérieur et de la Défense a confirmé les chiffres de 104 mort.e.s et de 4000 blessé.e.s – mais d’autres sources annoncent plus de 150 mort.e.s par balles et 6000 blessé.e.s dans les manifestations de ces dernières semaines. Des centaines de personnes ont été emprisonnées.

Il s’agit d’une réponse violente envers des manifestations pacifiques des résident.e.s des villes irakiennes, et elle fut exécutée à dessein.

Le gouvernement et les milices qui lui sont associées savent qu’ils font face à une situation explosive. Ils veulent utiliser la force pour réprimer le peuple. C’est une manière fasciste de répondre à la contestation.

Plusieurs des milices actives dans la répression des manifestations sont directement liées à l’Iran. Des soupçons sont apparus quant à l’implication dans ces atrocités de la milice Khorasani, liée à la République Islamique d’Iran.

Des tireurs d’élite étaient présents sur les toits. Deux de nos camarades ont été touchés à Bagdad. Heureusement, nul d’entre eux n’est mort.

L’un a été blessé à la jambe au premier jour des manifestations, le 1er octobre. L’autre a été touché au visage vendredi 4 octobre au soir. Les deux ont nécessité une intervention chirurgicale d’urgence et sont désormais en convalescence. Dans le même hôpital où nos camarades ont été soignés, plus de 50 personnes sont mortes de leurs blessures.

Le principal objectif de ce mouvement de masse est le renversement du pouvoir politique corrompu, afin de remédier aux conditions de vie désastreuses, d’accéder à l’emploi et à un niveau de vie décent. La majorité des jeunes qui se soulèvent n’ont aucun espoir à un emploi et à un avenir sûr. Ils sont d’autant plus touchés par les politiques néolibérales du régime, adoptées depuis le premier jour de l’occupation de l’Irak en 2003 par les Etats-Unis d’Amérique et leurs alliés occidentaux impérialistes.

En sus des difficultés économiques, ils font face à un régime brutal, anti-démocratique et islamique leur niant libertés civiques et politiques. Les appels au calme des autorités religieuses ne fonctionnent plus sur la population.

Les manifestations s’attaquent aussi à la corruption importante présente en Irak. En Irak, les partis ayant des élus au parlement ne sont pas uniquement des organisations politiques. Du fait de leur contrôle sur l’administration et les revenus de l’État, ils sont devenus des puissances économiques. Tous, y compris les alliés de Moqtada Al-Sadr et le Parti Communiste Irakien, ont une responsabilité dans le pillage systématique des richesses de l’Irak.

Les sadristes et les communistes ont constitué l’alliance Sairoun lors des élections de mai 2018. Cette alliance fait partie du gouvernement et ont des ministres affiliés à elle.

Les manifestant.e.s sont majoritairement des jeunes. Au début, des jeunes femmes ont aussi participé, mais avec l’évolution de plus en plus violente de la situation, il est devenu plus difficile pour les femmes de participer. Les femmes irakiennes font face non seulement aux difficultés économiques mais aussi à une discrimination politique et idéologiquement misogyne, pouvant aller jusqu’à l’exclusion sociale et à l’asservissement.

Les manifestant.e.s présents dans les rues représentent la majorité du peuple irakien. C’est une réalité, même si une partie de la gauche n’est pas parvenue à la voir. Ils proviennent essentiellement des quartiers les plus pauvres des villes. A Bagdad, ils viennent du centre miséreux et des banlieues où des millions de personnes vivent dans des conditions de logement déplorables.

Le mouvement est fort dans les parties à majorité sunnite comme à majorité chiite de Bagdad. Il faut noter l’absence de sentiment religieux et sectaire. Toutes et tous sont motivé.e.s par la même cause d’origine sociale.

La protestation s’est maintenant répandue dans le Sud à majorité chiite. Mossoul (la ville à majorité sunnite la plus importante d’Irak) en est à l’initiative, bien que les manifestations aient été violemment réprimées dans cette ville. Bassorah s’est aussi impliquée très tôt, dès le 1er octobre, et là aussi la répression a été très violente.

Aucun groupe ou parti politique n’est capable de représenter les masses manifestant dans les rues. Des partis politiques ont essayé d’utiliser la protestation à leur bénéfice, mais ils n’y ont pas réussi.

Il ne s’agit pas uniquement de manifestations. C’est une insurrection, c’est un fait. Son évolution, son succès ou son échec éventuel, il s’agit là d’un autre problème, mais c’est une insurrection.

Avant le début du mouvement, le Parti Communiste Irakien a déclaré à ses partisans de ne pas participer aux manifestations du 1er octobre. L’initiative de l’appel aux manifestations a été diffusée à travers les réseaux sociaux, comme Facebook, Twitter, etc. Les sadristes ont aussi demandé de ne pas y participer. Malheureusement, une partie de la gauche a suivi ces appels.

Notre groupe, l’Organisation pour une Alternative Communiste en Irak, a diffusé un communiqué le 2 octobre, où nous disions que ce conflit entre les masses et le régime a créé une nouvelle étape dans les conflits politiques et sociaux en Irak. Le régime et ses affiliés politiques ont été exposés de manière dramatique par ce conflit.

Le mouvement ne trouve pas son origine uniquement dans le système politique, mais aussi et surtout dans les contradictions du capitalisme. C’est un soulèvement contre la corruption, le système ethno-sectaire et une politique néolibérale. Après s’être échappé du problème posé par Daesh et autres organisations, le gouvernement tente de profiter de la situation pour appliquer sa politique néolibérale comme si nous nous trouvions en Californie. En résulte la misère pour des dizaines de millions de personnes.

Les fenêtres de la liberté en Irak ont été refermées par les milices, les partis politiques et le gouvernement. Le régime a commis des massacres contre des manifestant.e.s pacifiques et ce de manière fasciste. Cela signifie une nouvelle étape extrêmement dangereuse pour la vie politique en Irak.

Nous faisons partie de ce mouvement de masse. Les manifestant.e.s ne tentent pas seulement d’obtenir des réformes, elles et ils veulent se débarasser de ce système.

Nous voulons le départ de ce régime religieux, sectaire et nationaliste.

Nous voulons le travail, la liberté et des conditions de vie égales pour toutes et tous.

Nous appelons tout le monde à s’organiser en conseils et comités, dans leurs quartiers et leurs lieux de travail.

Le mouvement est composé majoritairement de chômeur.se.s ou de personnes dans des situations précaire, mais des travailleur.se.s les soutiennent.

Nous croyons qu’une grève générale en Irak pourrait amener un changement et mettre fin au carnage. Il n’y a pas eu de grèves pour le moment, mais si le soulèvement continue, peut-être qu’une grève générale adviendra.

Muayad Ahmed – Organisation pour une Alternative Communiste en Irak – 7 octobre 2019

Traduction de l’anglais, original disponible à cette adresse : https://www.workersliberty.org/story/2019-10-08/uprising-sweeps-iraq"

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