La rage des gilets jaunes ne faiblit pas.

L'avenir s'écrit dans la rue aujourd'hui pour la fin de leur monde.

Depuis le 17 novembre dernier, des dizaines de milliers de personnes se sont mobilisées dans toute la France. Au début sur des questions très précises (contre l’augmentation de la taxe carbone et l’injustice fiscale) puis très vite une dynamique s’est créée dans la population passant d’une posture défensive à une offensive plus large contre le système actuel. Le mouvement a dû faire face à des tentatives de récupération de l’extrême droite en embuscade, des nationalistes de tous poils et des complotistes. Il est facilement imaginable de céder aux sirènes du repli national quand les fins de mois difficiles et les incessantes rengaines sur l’insécurité nous font croire que la seule perspective serait une politique protectionniste et une fermeture des frontières. Ces tentations nationalistes dans de larges secteurs des classes moyennes et parmi les travailleurs peuvent s’expliquer par le déclassement social et une féroce concurrence mondiale. Il est vrai que nos vies sont plus difficiles aujourd’hui par rapport à celles de nos aînés. Mais cette solution n’en est pas une car le capitalisme dans un cadre national traîne aussi dans son sillage l’exploitation, la destruction de l’environnement, la guerre… En effet, le capitalisme est organisé de manière très structuré mais, paradoxalement, aussi tout à fait anarchique: les patrons pensent chiffres au jour le jour et ajustent la production, non pas en fonction des besoins et du bien-être des gens, mais en ayant en tête des impératifs de profits immédiats et de concurrence. Dans cette société ainsi organisée, le profit prime sur la vie. Pour nous, une vie meilleure, passe nécessairement par une solidarité sans faille avec les exploité·e·s de tous les pays face à nos propres bourgeoisies. Seul un changement radical de mode de production permettra une amélioration considérable de nos conditions d’existence. Il fût un temps où les syndicats jouaient le rôle d’espaces de discussions pour construire les rapports de force nécessaires à la défense des intérêts quotidiens des travailleur·se·s· La restructuration capitaliste au tournant des années 70/80 a détruit ces espaces de sociabilités en isolant de plus en plus les salarié·e·s. La sous-traitance, les délocalisations d’usines, la casse du code du travail nous ont séparé les un·e·s des autres et détruit nos organisations de base (moins de 8% de syndiqué·e·s en France). Sur les rondspoints et dans les assemblées ces dernières mois, les discussions animées nous ont fait nous rendre compte que nous partagions une condition commune, celle de travailler pour survivre. Face aux difficultés de la survie quotidienne et à l’absence de perspective d’une sortie de la précarité, ces femmes et ces hommes ont posé les questions de la démocratie, du pouvoir d’achat, de la justice sociale et de l’urgence écologique de façon beaucoup plus pertinente et éminemment plus intelligente que la classe dominante. Les débats ont permis de poser des questions stratégiques et tactiques pour la lutte immédiate et audelà, avec plus d’ambition, la volonté de changer concrètement la société.

Le mouvement des gilets jaunes permet de poser les questions :

 

  • De la démocratie

Les gilets jaunes ont exprimé tout haut une vérité que nous sommes de plus en plus nombreux à comprendre : nous ne vivons pas dans une démocratie. Le pouvoir politique est en effet exercé par différents partis dont les chefs sont tous issus de la même classe sociale : la bourgeoisie. Ces partis politiques se divisent sur les nuances d’une même politique : maintenir l’ordre au sein d’une société capitaliste basée sur l’exploitation du travail. Nous avons beau être censés choisir nos représentant·e·s ceuxci sont toujours d’ores et déjà coopté·e·s, financé·e·s et soutenu·e·s par les grands bourgeois qui détiennent le pouvoir économique et possèdent les médias. En vérité le réel pouvoir réside dans les groupes du CAC40 et la démocratie représentative est une illusion destinée à nous faire croire que nous avons le choix. Or, ces représentant·e·s une fois élu·e·s, nous n’avons aucun contrôle sur eux, ils et elles  font ce que bon leur semble, nous disent que leurs réformes sont faites pour notre bien et nous font tirer dessus avec les très dangereuses armes »LBD ». Les conditions de l’élection de Macron, soutenu par le grand patronat, vanté par les médias et élu par une minorité de français (le plus souvent par défaut) illustre totalement cet état de fait. Face à cela les gilets jaunes proposent diverses solutions : RIC, mandats impératifs, réforme constitutionnelle avec assemblée constituante issue de la société civile etc. Pour nous, une véritable démocratie est impossible dans le cadre économique actuel. La puissance des grands groupes industriels et financiers est trop importante pour permettre à celleci d’émerger. Par exemple le fait que l’on consulte fréquemment le peuple suisse sur les questions de société n’empêche en rien que cet Etat se trouve au centre du blanchiment international d’argent sale. Ces référendums peuvent servir à nous divertir de la vraie question qui détermine le contenu d’une démocratie : qui doit diriger et posséder les moyens de production ? Les actionnaires ou les travailleurs et travailleuses ? Pas de démocratie politique sans démocratie économique. Diverses expériences révolutionnaires l’ont déjà expérimenté par le passé : la totalité des pouvoirs doit être remis à des assemblées de travailleur·se·s dont les élu·e·s sont révocables sur la base d’un mandat impératif (débattu, défini et voté par les assemblées). Il est également important que le pouvoir soit exercé à tour de rôle par le plus grand nombre afin de ne pas reproduire une séparation entre celles et ceux qui décident et celles et ceux qui exécutent. Le but de ces assemblées serait de remplacer l’Etat , d’exproprier les capitalistes et d’organiser la production en répondant aux besoins de toutes et tous. Tout le pouvoir aux assemblées de travailleuses et travailleurs !

  • Du pouvoir d’achat

Depuis des mois les gilets jaunes sont dans la rue pour l’augmentation de tous les salaires, pensions, retraites. A grands coups de communication médiatique, le gouvernement nous annonçait la veille des fêtes de fin d’année que 700 000 nouvelles personnes bénéficieraient de la prime d’activité. L’enfumage  consistait à dire que celles et ceux qui touchent le SMIC auraient une prime mensuelle de 100€. La réalité ? Les plus chanceux ont eu en effet 90€ de plus par mois mais cela n’a concerné qu’une toute petite minorité, la prime d’activité peut être d’un montant tout à fait inférieur à partir de 25 euros par mois. C’est avec cette miette que Macron et le patronat pensaient calmer les ardeurs des manifestations. Le gouvernement nous insulte et se moque de nous avec « un grand débat » où les interlocuteurs·trices sont triées sur le volet. La vérité c’est que la France est championne du monde pour la rémunération des actionnaires.  Nous exigeons une augmentation des salaires et des pensions mais pour éviter que l’inflation ne viennent tout supprimer il faudrait qu’elles soient indexées sur le coût de la vie. Mais il faut aller plus loin. Les 26 et 27 janvier s’est tenu l’assemblée des assemblées dans la ville de Commercy. L’appel exige la répartition des richesses et l’éradication de la misère.  Comment éradiquer la misère, si ce n’est en supprimant toute différence entre riches et pauvres, entre exploité·e·s et exploiteurs ? De notre côté nous soutenons qu’il est possible de s’organiser à l’échelle de toute la société sans argent du tout. Cette idée peut paraître un peu folle et utopiste pourtant qu’est ce qui nous empêcherait de travailler pour le mieux-être collectif sans être attiré par le gain individuel ? Rien. De nombreuses activités bénévoles le prouvent. Et ce n’est ni un symptôme « naturel » que de vouloir accumuler des biens ni une « perversion » typiquement humaine. Il s’agit de repenser un mode de production qui n’est ni immuable ni inamovible. Si nous sommes capables d’aller sur la Lune et demain sur Mars alors nous sommes capables de supprimer ces bouts de papier nommé « argent »qui n’ont de valeur que parce qu’on leur en accorde. 

  • De la justice sociale

Une des premières revendications qui a émergé dans le mouvement gilets jaunes a été le rétablissement de l’Impôt Sur la Fortune. « Rendez nous l’ISF » est un slogan populaire. Pourtant les riches paient déjà proportionnellement moins d’impôts que les pauvres car il existe tout un tas d’astuces dites «d’optimisation » leur permettant de faire des économies. Une taxe particulièrement injuste, c’est celle de la TVA. Tout le monde la paie qu’on soit chômeur·se·s, retraité·e·s ou millionnaires, elle n’est pas différente en fonction des revenus et se trouve partout.  De l’autre coté, entre 2005 et 2014 la fraude fiscale a coûté 55 milliards d’euros aux pays européens. Le crédit d’impôt compétitivité d’emploi (CICE) coûte plus de 20 milliards d’euros sans aucune garantie de création d’emploi.  De notre cô, les trop perçus de la CAF et du le Emploi sont systématiquement appliqués sur nos indemnités avec menace d’huissier de justice voire de peines de prison. De quoi terroriser tout un paquet de chômeur·se·s tout en détournant l’attention sur la réalité de l’assistanat. Les assisté·e·s, ce sont les députés qui salarient leurs proches sous appellation d’assistants parlementaires, ce sont les riches qui se font conduire en voiture, qui se font faire à manger et qui trouvent encore le moyen de se plaindre en disant qu’ils sont trop taxés.  Pour une véritable justice sociale, il faut exproprier les banques et socialiser toutes les entreprises 

  • De l’écologie 
Le gouvernement a prétendu que sa taxe carbone, abandonnée face à la détermination des gilets jaunes, était une nécessité face à la crise écologique. Il est vrai que la pollution de l’air entraîne et va entraîner des conséquences dramatiques (48 000 décès chaque année en France dû à la pollution atmosphérique). Mais pourquoi alors taxer les travailleurs·se·s qui ont besoin de prendre leurs véhicules pour se rendre au travail, surtout dans les zones rurales ? Pourquoi ne pas taxer les transports maritimes ou aériens qui sont extrêmement polluants ? Encore une fois pour ne pas toucher aux profits des grandes entreprises. Pourquoi refuser également de protéger les lanceurs d’alertes ? C’est toujours les populations les plus précaires qui sont exposées aux pires niveaux de pollutions. Selon la Banque alimentaire et l’ONU : plus de 100 millions de personnes pourraient basculer dans l’extrême pauvreté et près de 600 millions pourraient souffrir de malnutrition d’ici 2080. Une politique écologique ne peut être que sociale. Il nous faut par exemple privilégier le fret ferroviaire, contrairement au démantèlement actuel de la SNCF, et trouver de réelles solutions pour les prolétaires travaillant actuellement dans des industries polluantes.   A cela rien d’impossible si nous prenons les moyens de production et si nous arrêtons de considérer les biens naturels comme des marchandises, comme c’est le cas dans le monde capitaliste ! Nous devons vivre en symbiose avec la nature et respecter son équilibre car nous sommes aujourd’hui dans une situation dangereuse pour lavenir de l’humanité et de la planète. Face à cette crise le boycott ne suffit pas ! Reprenons le pouvoir avant qu’il ne soit trop tard ! Produisons pour nos besoins des biens durables et écologiques ! 
  • De la répression policière et étatique

Le mouvement des gilets jaunes a connu une répression sans précédent depuis des décennies : le journaliste David Dufresne dénombre, au 9 février 2019, 1 décès et 346 personnes blessées : 183 blessées à la tête, 19 éborgnées et 4 ayant eu une main arrachée et le bilan s’est alourdit depuis. Du 17 novembre au 17 décembre 2018, le ministère de l’Intérieur mentionne le nombre de 4 570 gardes à vue (dont 1 567 à Paris), avec 823 classements sans suite et 216 incarcérations, dont 56 débouchent sur une peine de prison ferme. Il s’agit d’un record pour un mouvement social en France. Le sociologue Fabien Jobard indique que le nombre d’environ 1 500 gardes à vue en une journée, atteint le 8 décembre, constitue « un record ». Le décès de Zined Redouane à Marseille suite à un tir de grenade lacrymogène a été traité par un silence médiatique ahurissant au regard de faits similaires. L’État se dote également d’un appareil législatif entérinant l’arbitraire, permettant d’interdire les manifestations comme bon lui semble avec la loi anticasseurs, dont nous exigeons le retrait immédiat ! L’État revèle ainsi son vrai visage. Lorsqu’il n’arrive plus à tromper la population, il utilise sa force dans toute sa brutalité : LBD, grenades de désencerclement (interdites partout ailleurs), grenades lacrymogènes employées en masse (10 000 grenades employées le 2 décembre 2018). Pour faire passer cela les médias nous parlent de casseurs ultra-violents alors qu’aujourd’hui c’est bien un appareil policier de plus en plus militarisé qui nous réprime (police montée, tanks, hélicoptère, drones). Dans le passé la classe dominante a réprimé dans le sang les mouvements de révoltes les plus importants de la classe ouvrière (plus de 10 000 fusillé·e·s lors  la semaine sanglante pendant la commune de Paris). Lorsque son pouvoir est menacé la bourgeoisie n’hésite donc pas à nous massacrer impunément ! Face à cela il faut nous organiser collectivement pour déjouer les stratégies d’une police aux ordres de l’Etat capitaliste. Pour cela il nous faut être les plus nombreux ·ses possibles ; il faut que le mouvement s’étende. Si nous occupons toutes et tous nos lieux de travail, d’étude, les voies de communication et les institutions du pays, la police ne pourra pas toutes et tous nous déloger. Il sera alors inutile de négocier avec le pouvoir : nous pourons le destituer. Dans la société que nous proposons la police n’existe plus, elle n’est plus une institution séparée de la population et les tâches de sécurité sont exercées par toutes et tous avec par exemple des groupes de personnes chargées d’assurer la sécurité, responsables devant les assemblées et qui pourront être destituées si ils et elles outrepassent leur fonctions. Ces tâches devraient être également effectuées à tour de rôle pour éviter de recréer une spécialisation et un effet de « bande » qui agirait pour ses intérêts propres et non ceux de la population.  

  • Autodéfense face à l’état policier !
  • Dissolution des corps répressifs !
  • Interdictions des LBD et des grenades de désencerclement !  
  • Macron t’es foutu les femmes sont dans la rue!
De nombreux rassemblements et manifestations de femmes se sont organisés dans les grandes villes comme Paris, Toulouse, Bordeaux, Rennes comme dans les plus petites en campagne à Pérouges dans l’Ain, à Quimper dans le Finistère, à BrivelaGaillarde en Corrèze, etc… Sur les banderoles on peut lire “précarisées, discriminées, révoltées, les femmes en première ligne”, “femmes en colère pour le pouvoir d’achat” et on entend le désormais célèbre chant “Emmanuel Macron on va te chercher chez toi”. Dans les grands bouleversements historiques qui ont jalonné l’histoire, ce sont souvent les femmes qui se sont organisées en première, prémices annonciateurs de séquences politiques mouvementées. A l’aube de la troisième République, pendant la Commune de Paris, en 1871, les femmes ont formé des bataillons armés et remplaçaient les gardes nationaux quand ceuxci abandonnaient les barricades qui avaient fleuries dans tout Paris. Ce fut le cas également quelques mois avant la révolution en Russie, des milliers de femmes défilaient dans les rues en mars 1917 pour s’opposer à la guerre, pour le pain et la liberté. La part de l’activité révolutionnaire qu’elles ont prises est d’autant plus significative car elles subissent une double exploitation. La première leur est assignée comme un rôle soit disant “naturel” alors qu’il est tout à fait construit socialement : c’est la charge d’élever les enfants, de s’occuper du travail domestique (course, repas, ménage, repassage, linge, gestion administrative des ressources de foyer), d’assumer un rôle de planification pour les jours à venir (la charge mentale.) La deuxième exploitation est celle que toutes celles et ceux qui ne sont ni rentiers ni actionnaires doivent assumer: le salariat. Ainsi le temps de travail journalier des femmes n’a pas de limites: il est extensible et surtout gratuit. Quand les femmes auront pris conscience de cette injustice rien ne pourra plus les arrêter: la lutte pour l’émancipation contre le patriarcat (régime social actuel où les hommes sont avantagés) couplé à la lutte pour l’abolition des privilèges et donc des classes sociales renverra aux oubliettes de l’histoire le capitalisme et son lot de misère. 
  • Plutôt qu’un improbable retour en arrière qui n’a pour nous rien de réjouissant, nous pensons que l’avenir s’écrit aujourd’hui, avec la formidable énergie qui anime les assemblées et les rondspoints. Pour autant les manifestations hebdomadaires ne suffiront pas à faire basculer le pouvoir. Pour cela il faudra bloquer véritablement l’économie en construisant la grève et s’organiser à l’échelle nationale. Si ces perspectives vous semblent cohérentes dans la période, contacteznous !  

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