Gilets jaunes, vers un acte 2 ?

Le 17 novembre aura lieu le médiatiquement attendu mouvement du 17 novembre des gilets jaunes : pour la première fois un mouvement décentralisé, organisé sur les réseaux sociaux, propose de bloquer les routes du pays pour protester contre une spectaculaire hausse du prix des carburants, pour partie lié à la hausse globale du coût du baril, pour partie a une hausse des taxes.

Le fait que cette hausse du coût des carburants entraîne une baisse du niveaux de vie de la classe moyenne, de la petite-bourgeoisie et du prolétariat particulièrement dans les zones rurales et « rurbaine » déjà lourdement frappées par les conséquences de la crise économique rend tout à fait légitime l’expression de cette colère d’autant plus fondé que 70% des émissions mondiales de carbone sont le fait de 100 grandes entreprises capitalistes, qui elles échappent à toute vraie mesure contraignante. Néanmoins il ne faut pas fuir notre responsabilité de critique et d’analyse envers ce mouvement populaire, critique et analyse de classe que doit porter toute organisation communiste conséquente.

  1. Les premiers appelants du mouvement sont tous issus de la petite-bourgeoisie qui se radicalise face aux difficultés économiques. En France cela donne historiquement le mouvement poujadiste (mouvement antifiscale d’extrême-droite)  et, à d’autres époques, cela donne les troupes de chocs du fascisme. Il faut d’une part dénoncer la prééminence de cette classe, classe intrinsèquement réactionnaire, dans ce mouvement et d’autre part l’activisme des groupes d’extrême droite ( et des parti comme DLF et RN) qui rêvent d’un mouvement populaire de la « vraie France » renversant « le régime ».  De plus le fait que la majorité des membres du mouvement se basent sur des argumentaires « apolitiques » et « ni droite ni gauche » pour justifier la présence de ces groupes doit nous alerter.

Si les partis de gauche et les syndicats sont incapables d’organiser une lutte de masse sur des questions comme les retraites ou la sécurité sociale comme cela sera certainement le cas mais que des partis nationalistes arrivent à se sentir comme des poissons dans l’eau au sein d’un mouvement interclassiste qui drainera de nombreux prolétaires, cela signe une faillite générale de la gauche et du mouvement ouvrier.

Les luttes interclassistes sont le quotidien de notre période, aux termes d’un cycle de lutte axé sur les conditions de reproduction de la force de travail : néanmoins cela n’est pas le même chose de les mener au coté de la petite bourgeoisie réactionnaire que des classes moyennes salariées qui tout en étant pas des alliés sur le long terme peuvent défendre des revendications progressistes.

En même temps, le mouvement se présente comme disparate et doit être regardé à l’aulne de sa composition de classe plutôt qu’à travers les lunettes de l’idéologie : en fonction des réalités locales, mais aussi du rapport de force national, des questions telles que les salaires, les loyers, les frais de santé sont posées, qui ne ressortent pas du discours d’extrême-droite.

Ainsi, il faut être critique aussi bien de l’opportunisme et de la démagogie de certains au sein de l’extrême-gauche pour qui « tout ce qui bouge est rouge » mais se tenir également à distance d’une forme de dogmatisme qui projette une classe exploitée se présentant uniquement avec des drapeaux rouges plutôt que de partir des luttes de classe telles qu’elles sont.

  1. Face aux urgences écologiques, nous ne pouvons défendre la civilisation de l’automobile et des énergies fossiles. Cela ne veut absolument pas dire qu’il faut rejoindre une position écologique individualisante et moraliste qui consiste à dire à des personnes qui sont structurellement obligées par cette société à se déplacer en voiture, notamment dans les zones rurales, qu’il faut se déplacer en vélo – comme le proposent des contre-manifs de cyclistes ; cela veut dire qu’il faut soutenir les luttes sociales pour des moyens de transport écologiques (transport en commun, ferroviaires avec les cheminots et des collectifs d’usagers du rail, etc.) A ce propos on peut constater la différence de traitement médiatique entre le mouvement du 17 novembre et la lutte des cheminots.

Enfin affirmer qu’il faut nous battre pour une société communiste qui doit rationaliser l’activité productive, en l’orientant vers la satisfaction des besoins, supprimer la nécessité de faire quotidiennement de  longs trajets et privilégier l’abandon progressif de la société de l’automobile et son cortège mortifère : individualisme, accidents, pollution.

Le meilleur moyen pour battre l’extrême-droite, outre combattre physiquement sa présence là où c’est possible, c’est d’orienter la colère pour qu’elle se démarque de ces revendications inter-classistes sur les prix. Et cela commence en défendant la nécessité d’un vaste mouvement de lutte pour les salaires avec la revendication d’une échelle mobile des salaires et des pensions, et autres revenus et allocations, pour pouvoir en tant que classe faire face a la hausse du coût de la vie. De plus il est nécessaire de faire le lien avec les luttes contre les restructurations d’entreprises et les réformes gouvernementales ; l’extrême-droite, par nature patronale, montrera alors son vrai visage et se retournera contre la lutte.

 

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