La mobilisation étudiante contre la sélection à l’accès à l’enseignement supérieur : Strasbourg

L’Union Pour le Communisme publie à certaines occasions des comptes-rendus d’actions ou de luttes par des camarades qui y sont investi.e.s. Ici, il s’agit de la description du contexte de la lutte contre la sélection à l’accès à l’enseignement supérieur menée depuis le début de l’année 2018 à l’Université de Strasbourg.

1ère phase : occupation de jour du Palais universitaire.

Cette fac’, c’est un diesel. Au départ ça ronronne puis ça décolle. Après trois mois de diff’ et de réunions d’informations interdites par la politique anti-syndicale de la direction, on a réussi à faire une belle manif’ du 22 mars. Peut-être la plus grosse à Strasbourg depuis le mouvement contre la loi travail et son monde. Grâce aux soutiens des lycéens et lycéennes, un petit cortège sauvage s’est aventuré au centre-ville en fin de parcours, direction l’université, où 300 personnes se sont introduites dans le Palais Universitaire, le bâtiment historique du campus, haut lieu de mai 68. Dans l’enthousiasme du moment, une occupation de nuit est votée à la quasi-unanimité, mais le président de la fac, un curé droitiste et à moitié facho, n’hésite pas à faire intervenir 60 CRS pour gazer les occupants.

Cette première tentative d’occupation marque le départ d’un mouvement sur la fac’, qui s’organise dans une salle occupée en journée. Pendant une bonne semaine, on met en place des ateliers de discussion, des débats, des projections avec des cheminots, mais la dynamique s’essouffle un peu. Concéder une salle aux étudiant-e-s, c’est aussi une stratégie de la direction pour pacifier le mouvement, alors même qu’elle refuse toute discussion, et qu’elle balaie d’un revers de main toutes nos revendications (contre l’intervention des keufs sur le campus, pour la banalisation des cours).

Une deuxième occupation de nuit est décidée, mais la répression est encore plus violente que la première fois : gaz aux chlores et coups de matraques au menu.

2e phase : le blocage des cours.

C’est à partir de ce moment, après deux semaines de mobilisation, que le mouvement s’est durci, en optant pour un blocage du campus, d’abord concentré sur un des bâtiments centraux. Le premier jour de la semaine est une réussite : grand BBQ festif et rencontre avec les cheminot-e-s à l’issue de la matinée. Le lendemain, les premières tensions avec les anti-bloqueur.se.s se font jour, de légères altercations avec des profs, etc. Mais une AG réunissant 600 personnes vote à l’unanimité un ensemble de motions pour organiser le mouvement. Le troisième jour, la direction de la fac’, en collaboration direct avec le syndicat de l’UNI et la préfecture, organise un déblocage. Le matin, les RG nous attendent aux côtés des représentants de l’UNI, un sourire goguenard aux lèvres tandis que deux garnisons de CRS – appelées en renfort de Metz et Nancy – encerclent tout le campus. Le groupe des 70 bloqueurs.es réussit à s’échapper en catimini, pour revenir sur le campus en plein jour. La stratégie répressive est battue en brèche, le campus est mis sens dessus dessous à coup d’alarmes incendie, et une AG réunit environ 1000 personnes. Du jamais vu depuis le CPE. Les casseurs de grève, fédérés autour de l’AFGES (FAGE locale) arrivent en masse pour faire voter une suspension du blocage le lendemain (à 10 voix près), mais l’assemblée se prononce tout de même très massivement contre la loi.

La suspension du blocage en fin de semaine permet de se reposer, d’organiser des AGs un peu plus détendues et des réunions d’information. Le week-end, une kermesse de convergence des luttes est organisée sur la place de la gare, réunissant cheminot-e-s, étudiant-e-s, zaddistes (de la ZAD du GCO, près de Strasbourg). C’est une belle réussite.

Mais cette suspension est temporaire, le blocage reprend la semaine suivante. La direction de la fac’ commence à paniquer, suite à l’échec de la répression policière. Elle tente d’abord la négociation, en faisant mine d’accepter certaines de nos revendications, notamment la banalisation des cours pour la journée de manif du 19 avril, puis elle organise un sondage électronique pour diviser les étudiant-e-s. Malgré tout, la stratégie du blocage continue bon train, et permet de ramener un très large cortège d’environ mille étudiant-e-s à la manif’, qui se dirige en fin de parcours à nouveau sur le campus pour tenter une occupation d’un bâtiment de la fac de maths. Tout le monde sent qu’un tournant décisif est en train de se jouer, puisque les vacances approchent à grand pas, et que cette occupation permettrait une véritable organisation du mouvement. Mais là encore, la direction fait appel – pour une quatrième fois en moins d’un mois – aux CRS, qui sont si nombreux que toute tentative de résistance serait suicidaire. Le lendemain, des camions sont postés tout autour du campus pour écraser toute velléité de blocage à la veille des vacances.

3e phase : bloquer les partiels

Toute le monde sort épuisé de ces deux dernières semaines, beaucoup s’en retournent dans leurs quartiers, et la semaine de vacance est calme, trop calme. Il ne se passe pas grand-chose, à part une AG où des premières tensions internes se font sentir, et des projections de documentaire ou de film réunissant à peine plus d’une quinzaine de personnes. Mais l’objectif est clair, il devient vital de bloquer les examens à la rentrée si nous voulons continuer le mouvement : non pas simplement pour faire pression sur la direction de la fac, et sur le gouvernement, mais juste pour pouvoir garantir notre existence en tant que mouvement, puisque la plupart d’entre nous ont un semestre à valider. C’est la stratégie du tout pour le tout, et celles et ceux qui s’engagent savent que leur semestre risque d’en pâtir. D’où des effectifs en baisse, au moment même où il faudrait être plusieurs centaines pour réussir l’opération. Les blocages se transforment en un jeu dangereux du chat et de la souris entre la poignée de bloqueurs et les personnels de sécurité privée, employés en masse pour faire le travail de la police (sans hésiter à intimider par les coups et la force). La direction est claire : absolument tous les moyens sont bons pour assurer la bonne tenue des examens, qui se déroulent souvent dans de conditions tout à fait irrégulières.

Le jeudi, toutes les forces sont déployées, et un nouveau départ semble s’envisager avec l’occupation d’un bâtiment dans lequel de nombreux partiels devaient avoir lieu. Mais cette fois, les CRS accompagnés de la BAC n’attendent même pas la tombée du jour pour intervenir en Blitzkrieg. Nous ne sommes plus assez nombreux.se.s pour tenir face à cette répression. Un sentiment d’échec du mouvement étudiant sur Strasbourg reste amèrement dans la bouche, mais l’espoir d’un relais lycéen n’est pas encore étouffé.

4e phase : bloquer les Lycées

Il reste deux solutions pour la suite du mouvement : se joindre aux cheminot-e-s et aux lycéen-nes. Mais la répression, comme partout ailleurs en France, commence à se durcir, pour empêcher à tout prix les jeunes de sortir dans la rue. Durant le mois de mai, il y a eu plusieurs grosses tentatives d’action sur les lycées, mais qui pour le moment n’ont pas réussi à lever plus de deux cent personnes. La manifestation du 26 avril a tout de même réuni assez largement les différentes luttes locales à Strasbourg, tandis qu’une nouvelle journée de mobilisation avec blocage des lycées est prévue pour le 7 juin.

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