Qu’est-ce que l’Union Pour le Communisme ?

Notre objectif : le communisme

Depuis 2007 l’UPC s’inscrit dans une perspective révolutionnaire tendant à la réalisation des objectifs maximum du communisme, à savoir « Le communisme, société sans classes ni État, sans économie marchande ». Cette caractéristique permet de se démarquer, dans le champ de la contestation sociale, des organisations cherchant l’aménagement du capitalisme. Bien que nous participions aux luttes syndicales, les revendications d’amélioration de nos conditions salariales ne permettent que de se projeter dans un monde où l’on se vend et où l’on achète. C’est précisément ce que nous voulons détruire. Mais nous nous démarquons aussi des groupes qui, tout en se réclamant de la révolution, se bornent à vouloir réformer l’économie marchande et donc l’exploitation salariée, en prônant sa nationalisation ou son autogestion, sa gestion par l’État ou par des coopératives ou encore son placement « sous contrôle ouvrier/citoyen ». Les gouvernements de gauche comme de droite ne proposent que de gérer la crise pour maintenir les rapports d’exploitation capitalistes. Nous, communistes, révolutionnaires, proposons pour les luttes à venir des perspectives à la fois politiques, économiques et sociales, indispensables pour une société débarrassée de la misère, de la propriété capitaliste des moyens de production, du salariat et donc de l’exploitation. Ces mesures immédiates ne peuvent être mises en œuvre qu’en étant imposées par les prolétaires. Nous souhaitons ouvrir ici un débat relatif à la question de la réalisation de ces mesures communistes. Elle concerne donc notre vision de la révolution, qui doit être au cœur de l’orientation d’une organisation marxiste et de l’élaboration d’une ligne politique en lien avec la situation de la classe et de ses luttes.

La classe révolutionnaire : le prolétariat

Les prolétaires sont celles et ceux qui n’ont que leur force de travail à louer pour vivre et qui sont sujet à l’exploitation, c’est-à-dire à l’appropriation de leur travail par la classe capitaliste. Ils et elles ne disposent ni des moyens de production ni de bénéfices de rentes. Le projet communiste, c’est l’abolition des classes et donc du prolétariat. Lui seul a la capacité historique de mener la révolution communiste car son émancipation suppose sa négation. Toutes les formations politiques qui utilisent des terminologies tel que « le peuple », « les citoyens », ou qui s’en remettent à l’État » ou au « gouvernement » font l’économie de la question de la transformation des rapports de productions, rapports qui sont à la base de la perpétuation de la société capitaliste. Leurs perspectives ne peuvent pas être la révolution communiste mais tout au plus celle d’une transformation démocratique de la société qui épargnerait les fondements de l’exploitation. Nous avons besoin de clarté et d’une boussole politique fiable. Le prolétariat est une classe internationale et non française, elle est exploitée et non citoyenne, son drapeau n’est pas tricolore. Le nationalisme de gauche dans un pays tel que la France ne propose tout au plus à la classe ouvrière nationale que de se maintenir pour un temps à un niveau supérieur aux prolétaires des autres pays, et cela aux dépens de ces derniers dans le jeu de la concurrence mondiale. Le soutien du leader de la France insoumise à certaines formes d’impérialisme va d’ailleurs dans ce sens. La subordination du prolétariat à la petite bourgeoisie a toujours conduit à la conservation sociale et a contribué à éloigner de plusieurs années la perspective révolutionnaire.

La lutte dans la lutte des classes

Le prolétariat n’est pas pour autant « un et indivisible ». La fétichisation de son unité ne permet pas l’émergence d’une compréhension dynamique de la société et donc de ses contradictions. Affiner la notion de l’exploitation en en montrant les différentes segmentations ressort de notre responsabilité. Si le prolétariat est la classe exploitée, les conditions d’exploitation ou d’exclusion du travail social ne sont pas les mêmes pour tous les prolétaires. Au sein du prolétariat, les personnes racisé·e·s et les femmes subissent des conditions d’existence dégradées d’autant plus intolérables qu’elles sont systématiques. En ce qui concerne les racisé·e·s en France, à la suite des migrants d’Europe du sud beaucoup de Noirs et d’Arabes ont joué le rôle de main-d’œuvre bon marché à l’époque des Trente Glorieuses, avant que leurs enfants ou petits-enfants, désormais « de trop »  du point de vue de la production capitaliste, ne soient massivement relégués dans les banlieues des grandes villes. D’autres, comme les Juifs et les Rroms, ont au cours des siècles fait l’objet de violences d’État, de stigmatisation ou de déplacements forcés. Ce n’est jamais simplement l’apparence, la religion ou la supposée « culture » de ces populations qui les ont exposés et qui les exposent au racisme. Ce sont au contraire la segmentation de la force de travail, les politiques d’État ainsi que les idéologues racistes qui donnent un sens à des choses comme la couleur de peau, les pratiques religieuses ou telle ou telle « culture », en les présentant comme des caractéristiques essentielles et héréditaires.

C’est à cette racisation que le prolétariat blanc échappe, sa blancheur consistant non pas tant en sa couleur de peau mais en sa conformité à la norme sociale, politique et « culturelle » du territoire national (républicain, laïc — mais catholique quand même). Ce prolétariat blanc bénéficie d’avantages qu’il ne soupçonne même pas. Obtenir un stage, un boulot, un logement sans discrimination ; faire ses courses sans être suivi par un vigile, sortir sans se faire contrôler par un flic — cela paraît tout naturel quand on est ou quand on peut passer pour blanc. D’autre part, le privilège masculin est toujours la norme au sein d’un système encore aujourd’hui fondé sur le patriarcat. Le travail de reproduction de la force de travail repose essentiellement sur les femmes qui se voient imposer une deuxième journée de travail en plus d’une baisse substantielle de leur salaire.

Au niveau global, les femmes reproduisent d’ailleurs la force de travail de l’ensemble de la classe par la procréation biologique et par leur assignation à l’éducation des enfants. Elles font pour cela l’objet de tout un ensemble de dispositifs étatiques ou non qui visent à contrôler leur ventre en fonction des besoins en main d’œuvre. C’est ce que nos ennemis appellent pudiquement les « politiques de natalité » qui visent à contraindre les femmes à la procréation ou au contraire à la restreindre. L’égalité juridique des sexes et la « parité » n’ont pas éliminé l’exploitation et la domination des femmes par les hommes, que ce soit dans les entreprises ou les foyers. Nous voulons la mise en commun non-genrée de l’ensemble des tâches domestiques et spécialement de l’éducation des enfants. Nous voulons la liberté la plus stricte d’enfanter ou non. Cela passe par la production et la diffusion gratuite la plus large de moyens de contraception et d’IVG sûrs et sans conséquences sur la santé, mais aussi par une lutte idéologique contre tout ce qui produit le sexisme. Nous défendons l’accès paritaire aux moyens de production de toute nature et — tant qu’elles seront nécessaires — aux armes. Les capitalistes ont un besoin vital d’accumuler de nouvelles forces de travail pour pouvoir perpétuer l’exploitation.

C’est pourquoi l’assignation des femmes à la reproduction et à l’éducation des enfants est une forme d’exploitation fondamentale dans notre société. Ainsi la révolution communiste sera impossible sans abolir dans le même temps que les classes sociales les assignations de genre. Toutes ces discriminations spécifiques au sein du prolétariat entraînent des luttes spécifiques. Si l’abolition du capitalisme nécessite une révolution menée par toute la classe, ces luttes spécifiques des femmes comme des racisé.e.s doivent parfois être menées de manière autonome, c’est à dire indépendamment des hommes ou des blanc.he.s.

Mettre fin au nationalisme, au racisme et aux frontières

Domination masculine, racisme et nationalisme sont intimement liés. Le fond de ces choses n’est pas à chercher dans une simple « ignorance »  ou « haine de l’autre »  ou dans des gens qui « se trompent de colère »  comme le prétend la gauche idéaliste. Il n’est pas non plus à chercher dans un rapport entre « races »  qui serait au fondement du capitalisme comme le prétend la gauche décoloniale tout aussi idéaliste. Ce sont au contraire les histoires croisées du capitalisme et de l’État, les plus violentes de l’histoire humaine, qui nous ont laissé avec un monde fragmenté par des frontières qui délimitent des zones de production où se concentrent les salariés, des zones « de pointe »  où se retrouvent les gestionnaires et les inventeurs de la pacotille marchande, et des zones- » poubelles »  où se rassemblent les populations superflues du point de vue du capital, souvent dans des logements précaires, à la rue ou dans des bidonvilles.

Cette délimitation, y compris nationale, n’a rien de naturelle ; elle est le fruit de la colonisation d’exploitation (comme on l’a vu par exemple en Afrique) ou de la colonisation de peuplement (voir une partie de la Palestine actuelle). Les armées nationales ont pour seule fonction de garantir cette répartition mondiale de l’opulence et de la misère. Les guerres, quant à elles, ne visent qu’à étendre les marchés, à multiplier les ressources naturelles ou à amplifier les zones d’influence idéologique des grandes puissances capitalistes. En tant que communistes, nous savons que nous n’avons strictement rien à gagner dans la prise de position pour ou contre l’une de ces puissances. En effet, l’unité de chacune de ces nations est garantie par la division la plus profonde de leurs prolétariats respectifs. Le rôle-clé de l’idéologie et des mouvements nationalistes réside précisément dans le fait de présenter comme un « peuple »  homogène ce qui est une société de classe, hiérarchisée par les rapports de genre et la racisation. Nous soutenons toute lutte qui tend à saboter ces frontières et ces divisions — c’est le cas des luttes des réfugiés et des sans-papiers. Nous considérons au contraire comme régressive toute forme d’organisation qui fonde sa politique sur les polarisations nationalistes ou raciales.

La mise en commun des moyens de productions et l’abolition de la valeur

La propriété capitaliste des moyens de production, dans le secteur privé comme public est une calamité, car son seul but est l’accumulation de profit et non la satisfaction des besoins de toutes et tous. La division du travail et l’assignation d’un métier unique à un individu sont l’occasion de toutes une série de discriminations qui reproduisent toujours la segmentation de notre classe. La course vers le profit le plus immédiat, et la nécessité de produire toujours plus de marchandises met également en péril nos conditions de vie les plus fondamentales par la destruction des écosystèmes et le réchauffement climatique, dont les populations les plus paupérisées seront les premières victimes. Seule une révolution communiste pourrait mettre fin à cette exploitation par une appropriation des moyens de production. Mais cette dernière ne pourra aller sans l’abolition du marché, de la valeur et de l’argent, pour permettre une organisation collective de la production et de la répartition des biens selon les besoins et les envies de la communauté.

C’est ce qui distingue l’associationnisme communiste de l’autogestion, qui est la gestion par la base de la production entreprise par entreprise, sans remettre en cause le salariat, le marché ou la division du travail. En effet, on ne peut pas déconnecter l’exploitation capitaliste du travail et l’échange des marchandises par le moyen de l’argent — qui permet de réaliser la valeur des produits en accumulant des capitaux (même dans les formes de monnaies les plus «  alternatives « ). C’est pourquoi il serait illusoire de dénoncer le capital financier, qui circule dans les institutions boursières et bancaires, sans s’attaquer à l’exploitation du travail dont dépendent les intérêts des actionnaires. Se borner à une telle dénonciation des « banquiers »  ou des « Rotschild »  implique de projeter tous les aspects jugés négatifs du capitalisme sur une partie de la population — alors, le spectre de l’antisémitisme et du complotisme n’est jamais loin. Réaliser la société communiste, c’est abolir à la fois la propriété privée de moyens de production et l’argent comme moyen d’échange. Ce n’est pas émanciper une « économie réelle »  supposément parasitée par « la finance » . La mise en commun des moyens de production et leur usage, placés sous le contrôle collectif, ouvre la voie à la généralisation de la gratuité à mesure que le prolétariat révolutionnaire accroît l’influence de la révolution. Son but est l’abolition du salariat et de l’économie et, par conséquent, la négation du prolétariat de sa propre situation d’exploité dans cette société de classes.

À ceux qui nous taxeraient d’utopistes nous répondons que le capitalisme a déjà développé des outils techniques et scientifiques permettant d’envisager une société d’abondance pour tous les habitant·e·s de la planète, sans devoir puiser dans des énergies fossiles. Pourtant, son organisation ne cesse de provoquer des pénuries en même temps que des quantités incroyables de biens de subsistances sont gaspillées et que des produits nocifs pour nous et pour l’environnement ne cessent de se multiplier.  En prenant le contrôle des moyens d’assurer notre subsistance, nous nous assurerons de ne plus être contraints au salariat pour survivre. Nous attacherons une importance particulière à briser la chaîne de production, la dictature de l’horaire, la division du travail et la spécialisation des métiers, car elles sont autant de symptômes de la domination du capital et de moyens d’exercer le despotisme patronal sur le travail et sur nos vies. Bien évidemment, des tâches ingrates continueront d’exister, mais elles ne seront plus assignées à des travailleur-se-s spécialisé-e-s. Généraliser la gratuité, c’est prendre le contrôle de nos vies et mettre fin au travail et à l’économie comme domaine désagréable, séparé du reste de nos activités.

Détruire l’État capitaliste

Aujourd’hui l’État organise et centralise le pouvoir politique des capitalistes et se présente comme une force extérieure et supérieure à la société. Cela se démontre en premier lieu dans sa police : BAC, CRS, GIPN et gardes mobiles ne sont pas là pour notre sécurité, mais pour celle des privilégié-e-s. Ces forces armées au service de l’État doivent être dissoutes de même que l’appareil judiciaire et carcéral qui les complètent. L’État contemporain, c’est la dictature du capital. Toutes ses actions sont dictées par les impératifs économiques de l’accumulation de capitaux et du profit. Libéraux et démocrates, tous les partis au pouvoir s’engagent dans la concurrence mondiale pour le contrôle des marchés et de l’approvisionnement en matières premières, ils prennent la responsabilité de la misère et de la guerre. Contrairement à la gauche bourgeoise nous réclamons que l’armée française se retire immédiatement de tous les théâtres de conflits et de maintien de l’ordre où elle intervient au service des intérêts de la bourgeoisie. Les traités et dispositifs impérialistes doivent être dénoncés et démantelés.

Pour détruire cet État, les prolétaires doivent créer leurs propres instances de pouvoir dans lesquelles ils s’auto-organisent avec des élu·e·s et responsables contrôlé·e·s et révocables qui ne bénéficient d’aucun privilège personnel de quelque nature que ce soit. L’objectif de ce pouvoir sera de répandre et d’approfondir les mesures communistes ainsi que la défense et la poursuite de la révolution. Comme dans les luttes contemporaines et celles du passé, des contradictions émergeront dans le camp même de la révolution. Nous serons de celles et ceux qui souhaiteront se donner les moyens d’abolir le salariat et l’argent et non de les organiser sous une forme alternative (planifiée, autogérée, etc.).

Nous défendrons l’organisation de la révolution à l’échelle mondiale contre la coexistence pacifique et le concept stalinien de « socialisme dans un seul pays « . Si l’organisation à la base est souhaitable, nous ne pensons pas que la démocratie, même directe, soit à même de résoudre toutes ces contradictions. Il ne s’agira ni de singer les multiples AG et commissions diverses type « Indignés », « Nuit debout » , ni non plus de reprendre le parlementarisme bourgeois quand bien même il serait exercé à la base. Nous sommes conscients que ces mesures se heurteront à la violence de la contre-révolution et nous y répondrons par la violence révolutionnaire sans nous priver de restreindre la liberté des capitalistes qui nous exploitent. C’est la survie et l’aboutissement de la révolution elle-même qui en dépend. Ainsi jusqu’au communisme, la lutte de la fraction la plus résolue de la révolution doit être menée et doit se regrouper dans cet objectif.

S’organiser

Nous ne nous considérons ni comme un noyau révolutionnaire autour duquel devraient s’agréger les autres mouvements ni comme une avant-garde déconnectée des exploité.e.s. Nous pensons que l’UPC est une des fractions d’une organisation plus large qu‘il reste à construire à l’échelle nationale et internationale regroupant les prolétaires les plus conscients de la nécessité du communisme. Au sein de notre organisation, nous privilégions le dialogue le plus large. Nous nous efforçons de créer les conditions permettant l’émulation collective, par l’auto-formation permanente, pour nous armer mutuellement tant au niveau stratégique que tactique afin de pouvoir agir dans les luttes auxquelles nous prenons part. Nous invitons toutes celles et ceux qui souhaiteraient contribuer à leur échelle à cet objectif à nous rejoindre en ayant conscience des difficultés qui nous attendent, en agissant avec humilité, modestie et détermination.

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