Loi travail, loi du capital

Les dernières ordonnances de Macron visent à supprimer ce qui reste des protections du travail gagnées au cours du XXe siècle. Déplacer toujours plus les négociations du niveau de la branche au niveau de l’entreprise revient à renforcer les capitalistes dans un équilibre des pouvoirs qui joue déjà en leur faveur. L’une des ordonnances prévoit ainsi que certains accords collectifs pourront modifier les contrats de travail sans l’accord du salarié. De même, les indemnités versées en cas de licenciements effectués sans cause réelle ni sérieuse seront drastiquement revues à la baisse. Quand on sait, aussi, qu’une autre ordonnance annonce de nombreuses mesures pour contourner les syndicats, voire pour les remplacer par un seul et même Conseil Social et Économique ou par des salarié.e.s isolé.e.s, le message du gouvernement ne saurait être plus clair : tout le pouvoir aux capitalistes !

Macron et la restructuration

D’abord la loi El Khomri, et maintenant ces ordonnances. Pourquoi est-il devenu si urgent pour nos gouvernants d’enlever le moindre obstacle sur le chemin de l’exploitation ? C’est que, depuis la crise économique des années 1970, les gains de productivité n’ont fait que baisser dans les principales économies mondiales. Si les capitalistes ont réussi à rétablir le taux de profit à partir des années 1980, c’est en haussant le taux d’exploitation, autrement dit en faisant baisser la part des salaires. Suite à la crise structurelle des années 1970, l’écoulement de la masse des marchandises produites qui, dans le « compromis fordiste », reposait principalement sur la consommation de masse des salariés, doit s’effectuer par un endettement accru des ménages et une hausse des exportations vers les marchés étrangers. La clé de voûte de cette redistribution, de ce surendettement et de ces exportations, c’est la finance, et c’est à ce niveau que la crise de 2008 a éclaté. Dans la situation actuelle, le capital ne connaît donc plus les gains de productivité de la période d’avant les années 1970, et toutes les compensations qu’il a mises en place depuis se sont effondrées. D’où l’urgence, maintenant, de lever tout obstacle aux profits qui peuvent encore se faire. La priorité de Macron est de donner libre cours aux baisses de salaire, aux licenciements et à la précarisation et ce afin de gérer une crise dont il n’y a pas de solution. Et parce qu’il se souvient des mobilisations massives contre la loi El Khomri, Macron ne peut que tenter d’imposer ces changements aux travailleuses et aux travailleurs en gouvernant « par ordonnances » et en tentant de réprimer la moindre lutte.

Leur crise, notre lutte !

N’en déplaise à Mélenchon et aux autres opposants autoproclamés au « système », les ordonnances de Macron ne relèvent pas d’un pouvoir financier qui parasite la Nation française : elles sont l’expression claire et nette d’une offensive désespérée de la bourgeoisie française. On pourrait changer de gouvernants, on pourrait réécrire la Constitution – si on n’attaque pas la base du capital, à savoir la production, ces réformes ne modifieront que la manière dont nous nous faisons exploiter. Depuis le mouvement contre la loi travail de 2016, nous savons que si les grèves ne se sont pas davantage élargies, ce n’est pas parce que la CGT a refusé d’« appeler à la grève générale », mais parce que dans les lieux de travail où la grève était envisageable, le mouvement n’est que rarement sorti du noyau dur des militant.e.s. Plutôt que de mettre nos espoirs dans les bureaucraties syndicales, et sans nous complaire dans les actions spectaculaires du cortège de tête, c’est alors un travail de terrain que nous devons entreprendre. Les secteurs les plus combatifs – et parfois victorieux – de 2016 étaient ceux qui s’appuyaient sur des structures syndicales locales qu’ils se sont réappropriées pour en faire des instruments de solidarité et d’action collective : cotisations pour la caisse de grève, assurance forfaitaire pour les jours de grève, protection individuelle des salariés sous mandats syndicaux, etc.

Voilà notre « projet » : bloquer les mesures de leur crise pour construire l’offensive prolétarienne.

 

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