Que se passe-t-il au Qatar ?

L’Arabie Saoudite et quatre pays arabes ont établi un blocus sur le Qatar qu’ils accusent de financer le terrorisme et spécialement les Frères musulmans. Trois d’entre eux ont décidé d’expulser les ressortissant.e.s qataris. Différentes tendances politiques capitalistes s’opposent, mais quelle est la voie pour les prolétaires ?
Qu’est-ce que le Qatar ? 
Le Qatar est une petite monarchie située dans une zone où l’Arabie Saoudite influence ses États-satellites dans la Péninsule. Il dispose des troisièmes plus importantes réserves gazières du monde qui lui permettent une certaine autonomie vis-à-vis de la puissance régionale saoudienne. Bien qu’étant l’une des économies les plus dynamiques de la région depuis 2015, la baisse des cours du pétrole et du gaz a, depuis, mis tous ses budgets en déficit. Son économie dépend aussi de l’exploitation d’une main-d’œuvre étrangère qui représente près de 80% de la population.
Le Qatar jouit d’une certaine influence idéologique et culturelle sur le monde arabe, notamment via sa chaîne de télévision Al-Jazeera, qui fut plutôt favorable aux révoltes du printemps arabe, sur une ligne nationaliste arabe. Le Qatar est également un investisseur de capitaux. En France, par exemple, le fond souverain du Qatar finance plusieurs petites et moyennes entreprises ainsi que l’équipe Paris Saint-Germain ; il est aussi propriétaire de plusieurs hôtels de prestige dans la capitale. Près de 350 milliards d’euros ont ainsi été investis dans de grandes entreprises françaises (dont Véolia, Total et Vinci). C’est le signe de liens entre puissances capitalistes, mais aussi de la prévoyance d’une bourgeoisie qui cherche des stratégies de développement au-delà de la rente issue de l’exportation de ses réserves énergétiques.
Cela fait quelques temps que le Qatar cherche à gagner en autonomie vis-à-vis du leader saoudien, allant jusqu’à se rapprocher de la République islamique d’Iran, mais pas seulement. Depuis 2014, la Turquie dispose d’une base militaire dans ce petit État. Le gouvernement turc vient justement de dépêcher de nouvelles troupes dans le royaume depuis le blocus décidé par l’Arabie Saoudite et ses alliés. Il s’agit de prévenir une éventuelle invasion. De son coté, l’Iran a vraisemblablement décidé d’établir un pont aérien, bravant le blocus saoudien.
Qui sont les adversaires actuels du Qatar ?
L’Arabie Saoudite est un régime islamiste qui pratique un capitalisme rentier ou l’argent issu de l’exportation du pétrole est approprié par une aristocratie locale largement bureaucratisée. Il s’agit d’un régime ultra-réactionnaire qui figure parmi les plus meurtriers de la planète. Il est aussi l’un des principaux exportateurs de pétrole et un important exportateur de gaz, comme la plupart des royaumes de la Péninsule arabique.
C’est le contrôle de ces ressources qui constitue l’enjeu des rivalités entre le régime saoudien sunnite à l’Ouest et lu régime iranien chiite à l’Est. Ces deux puissances s’affrontent par factions interposées pour le contrôle de zones ou d’États arabes périphériques. Le dernier exemple en date est le Yémen, pays dévasté par les milices soutenues par l’un ou l’autre camp. Les puissances impérialistes occidentales et russes ne sont évidemment pas étrangères à ce type de conflit. Si la Russie intervient au côté des Iraniens en Syrie pour soutenir un régime qui leur est proche, les États-Unis ont une présence en Arabie Saoudite où ils apportent un soutien à cette dictature meurtrière. Le Président Trump acheva sa visite récente dans ce pays par la signature d’un important contrat d’armement.
Qu’est-ce qui est reproché au Qatar ?
Il est reproché de soutenir des mouvements islamistes, en premier lieu celui des Frères musulmans, courant bourgeois et petit-bourgeois actif dans le printemps arabe, qui a brièvement dirigé l’Égypte avant d’être renversé par le coup d’État du Maréchal Al-Sisi.
Les Frères musulmans, qui se donnent pour révolutionnaires dans de nombreux pays arabes, sont en réalité la composante politique d’une bourgeoisie nationale arabe. Celle-ci est frustrée par le sous-développement imposé par les rapports impérialistes et par la corruption des bureaucraties compradores des pays arabes.
L’aristocratie saoudienne n’est sans doute pas en reste dans le financement du terrorisme islamique. Ce qui est reproché au Qatar n’est donc pas tant le soutien au terrorisme en général que l’appui donné à une faction spécifique de celui-ci : les Frères musulmans, pourtant généralement considérés comme modérés dans la galaxie islamiste. Les Frères musulmans ont surtout la particularité d’être hostiles en premier lieu aux bureaucraties arabes qui freinent le développement du capitalisme national et libéral dans cette partie du monde.
Le but de la bureaucratie saoudienne est de mettre fin à ce soutien ainsi qu’à la complaisance d’Al-Jazeera envers le printemps arabe. Elle, comme l’Égypte, a en effet fort à s’inquiéter des soulèvements populaires en leur sein, soulèvements qu’ils ont tous deux réprimés dans le sang. Depuis la révolte de Qatif et celle du Nord du Yémen, l’Arabie Saoudite effectue de nombreux raids de blindés ou d’aviation sur des villes rebelles à l’extérieur comme à l’intérieur de ses frontières. La menace qui plane sur de telles révoltes est celle de se retrouver sous la coupe de la bourgeoisie nationale organisée dans des factions islamistes telles que les Frères musulmans.
La recomposition des alliances, la crispation des relations diplomatiques, la déstabilisation de régimes jusqu’ici stables et la fuite en avant militariste pour l’appropriation des réserves pétrolières et gazières participent au renforcement du risque de guerres impérialistes dans la région. Mais elles visent aussi et surtout à écraser les mouvements d’opposition et de révolte d’où qu’ils viennent.
Il s’agit pour les capitalistes des puissances impérialistes du monde de restaurer leur taux de profit par tous les moyens. Il en va de même pour les puissances moyennes du Golfe dans un contexte d’affaiblissement des cours de pétrole et du gaz. Ils cherchent à faire main basse sur de nouvelles réserves d’énergies fossiles ou encore en négociant un partage plus avantageux de la rente pétrolière – négociation par les armes si nécessaire…
En tant que communistes nous saluons toutes les initiatives d’organisation des travailleuses et des travailleurs de manière indépendante de la bourgeoisie, ainsi qu’ont pu le pratiquer nos camarades du Parti Communiste Ouvrier d’Irak, de la Gauche Révolutionnaire Syrienne ou d’autres organisations en Syrie et au Kurdistan. Dans toutes les révolutions les communistes doivent s’attacher à ce que la classe ouvrière soit au poste de commandement et surtout pas à la remorque des bourgeoisies locales laïques ou religieuses.

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