Présentation du CAAF Lyon

A l’automne, l’un de nos ex-militant s’est dénoncé pour des faits de viols et d’agressions sexuelles. Nous avions alors publié un texte expliquant la situation et son exclusion. À la suite, un collectif féministe non mixte (le CAAF) s’est crée sur Lyon dans le but d’organiser concrètement la solidarité et l’autodéfense entre femmes. Nous diffusons la présentation de ce collectif ainsi que la lettre ouverte à notre ancien militant publiée par le collectif.

Face à nos agresseurs, autodéfense et action féministes !

Nous sommes des meufs, militantes ou non, organisées ou non, de différents milieux et horizons politiques et nous nous sommes retrouvées face à une nécessité : celle de s’organiser face à nos agresseurs. Nous partageons le même constat : au quotidien nous subissons le patriarcat, dans des formes diverses mais toujours avec violence. Ces agressions, bien souvent, se produisent au sein même de nos milieux, dans notre propre entourage, notre famille, nos amis, nos conjoints. La dénonciation n’en est alors que plus difficile. La plupart d’entre nous est alors confrontée au silence, à la minimisation de la violence subie, voire à l’exclusion. Dans ces situations, même quand l’exclusion n’est pas directe, c’est nous qui sommes obligées de nous isoler, par nécessité de ne pas nous trouver confrontées à un agresseur de notre entourage, pour nous protéger. Ca ne peut plus durer. Face à ces processus de solidarité masculine, nous n’avons pas d’autre choix que d’organiser la solidarité entre femmes.

Nous créons aujourd’hui un espace collectif de discussion, d’autodéfense et d’action, en non-mixité avec toutes celles qui sont concernées par l’expérience subie du patriarcat, pour partager nos expériences, se défendre face à ceux qui nous agressent. Ce collectif se veut être un véritable outil pour développer la solidarité entre nous, se défaire des rivalités que le patriarcat lui-même nous impose. Nous invitons toutes celles qui subissent ces situations à nous contacter pour trouver, ensemble, la force de les combattre.

Nous ne croyons pas aux solutions toutes faites en matière de réaction à ces violences. Les juges, les flics, les psys ne sont pas toujours les interlocuteurs que nous voulons pour nous défendre et agir. Même si nous n’excluons pas ce genre de recours, nous souhaitons également développer d’autres types de réponses, en fonction du souhait de celles qui ont subi ou subissent ces violences. Tous les moyens d’action peuvent être envisagés et nous voulons, collectivement, apporter une solidarité effective à toutes celles qui le souhaitent. Nous décidons et assumons collectivement de nos moyens d’action, nous ne voulons plus subir, nous ne voulons plus être les victimes de ce patriarcat qui nous écrase, nous voulons nous libérer par nous-mêmes.

Pour se réapproprier nos corps, nos lieux de vies, de luttes, la solidarité est notre arme. Face au patriarcat et à ses agents, organisons-nous !

Si vous êtes ou avez été victime d’agressions, ou si vous voulez donner un coup de main, vous pouvez écrire à :collectif.autodefense.action.feministe@protonmail.com

 

Lettre ouverte à B., militant lyonnais coupable de viols et d’agressions sexuelles

Lettre ouverte à B., militant d’extrême-gauche coupable de plusieurs viols et agressions sexuelles, exclu de son organisation politique suite à la révélation de ses crimes (par une lettre d’aveux, rapidement suivie d’une tentative de « réinterpréation » des faits…). Pour dire et redire le viol, pour se protéger, pour se libérer, pour que l’impunité de B. et de tous les autres agresseurs s’arrête ici.

Tu es militant de la gauche radicale et membre d’une organisation politique, tu es formé politiquement, tu te donnes une image d’homme conscient de ses privilèges et en première ligne sur les questions du sexisme.
Pourtant tu as commis de nombreuses agressions sexuelles et viols tout au long de nombreuses années.

Tu as violé une meuf inconsciente.

Tu as violé à deux reprises une meuf avec qui tu avais une relation affective.

Comment peux-tu nier alors que pendant que tu le faisais elle pleurait ?

Tu as attouché deux meufs qui étaient allongées dans ton lit.

Tu as pensé que parce que tu avais entendu qu’une meuf avait des pratiques sexuelles sadomasochistes, tu pouvais débarquer chez elle sans la prévenir, lui réclamer ces pratiques et t’exhiber devant elle.

Tu t’es octroyé le droit de débarquer en pleine nuit dans le lit d’une meuf pour coller ton sexe contre elle, parce qu’elle avait parlé de son intimité à d’autres personnes en ta présence.

Tu as pensé que lorsqu’une meuf te désire une fois, elle te désire à chaque fois.

Tu as prétendu aider une meuf inconsciente et que tu ne connais pas, en restant seul dans sa chambre à la regarder, après avoir coupé ton téléphone et en te cachant des personnes qui pourraient te voir.

Tu as harcelé une meuf qui voulait se protéger de toi en menaçant de te faire du mal.

Tu t’es fait passer pour un allié en espérant que cela te rendrait séduisant.

Tu as abusé de la confiance de meufs qui pensaient pouvoir compter sur toi.

Alors puisqu’il faut encore le rappeler, à toi et à tous les autres

Une meuf qui dit non, ce n’est pas une meuf qui consent à une relation sexuelle.

Une meuf qui dort, ce n’est pas une meuf qui consent à une relation sexuelle.

Une meuf inconsciente, ce n’est pas une meuf qui consent à une relation sexuelle.

Une meuf qui a déjà couché avec toi, ce n’est pas une meuf qui consent à une relation sexuelle.

Une meuf qui pleure, ce n’est pas une meuf qui consent à une relation sexuelle.

Une meuf qui a des pratiques sexuelles SM ou libertines, ce n’est pas une meuf qui consent à une relation sexuelle.

Une meuf qui vient dormir dans ton lit, ce n’est pas une meuf qui consent à une relation sexuelle.

Une meuf qui t’a demandé de l’aide, ce n’est pas une meuf qui consent à une relation sexuelle.

Une meuf avec qui tu sors, ce n’est pas une meuf qui consent à une relation sexuelle.

Une meuf qui t’aime, ce n’est pas une meuf qui consent à une relation sexuelle.

Une meuf qui te drague, ce n’est pas une meuf qui consent à une relation sexuelle.

Une meuf qui cède, ce n’est pas une meuf qui consent. Si tu insistes jusqu’à ce qu’elle se laisse faire, c’est un viol.

Ton interprétation de la situation ne compte pas, c’est le ressenti d’une agression par la victime qui compte.

Tu ne peux pas te passer d’un consentement clair et explicite.

Tu ne peux pas te faire passer pour la victime alors que tu es l’agresseur.

Tu ne peux pas menacer de te faire souffrir pour rester en contact avec des gens qui essaient de se protéger de toi.

Malgré tes aveux, arrivant au moment où il devenait inévitable que tout cela soit rendu public, malgré ta promesse de changer et de te tenir loin des personnes que tu as agressées, nous sommes vigilantes. Tu as déjà promis que tu allais changer par le passé, mais tu as continué à agresser et à nier. Tu ne peux pas t’en sortir haut la main en déclarant que c’est ta conscience qui te dicte de partir. C’est nous qui t’excluons. Nous t’excluons de nos organisations, de nos espaces militants, de nos locaux politiques, de nos cercles amicaux, de nos espaces festifs. Nous t’excluons pour notre sécurité, notre droit de vivre, notre émancipation, et nous le referons autant de fois qu’il le faudra, avec autant de détermination, pour tous les agresseurs portés à notre connaissance.

La plupart des viols sont commis par des personnes de notre entourage : frère, pote, amoureux, amant, père… et il est très difficile de dénoncer les gens avec qui on a des relations affectives : parce qu’on les aime, parce qu’on ne peut pas admettre qu’ils nous font du mal, parce que jusqu’au bout on a envie de les protéger, parce qu’on a peur d’être jugée ou que personne ne nous croie. Mais lorsqu’une agression est rendue publique, il n’est pas possible d’être du côté de l’agresseur. Il n’est pas possible de ne pas prendre position, même lorsque l’agresseur est un ami, un parent, un amant. C’est pourquoi nous considérons que tout silence est complice, au même titre que la remise en cause de la parole d’une victime.

Cette lettre vaut pour B., mais c’est aussi un avertissement à tous les autres agresseurs, violeurs et leurs complices. A toutes les femmes, les filles, les sœurs, les amantes, les amies, nous voulons apporter la force de dénoncer, de se défendre et de riposter. L’impunité s’arrête ici !

Collectif d’Action et d’Autodéfense Féministe de Lyon

 

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