L’instabilité du capital

Monsieur Macron, Madame Le Pen et la recomposition des fronts internationaux

L'instabilité du capitalA l’issue du premier tour de l’élection présidentielle, on sait qu’Emmanuel Macron affrontera Marine Le Pen dans la dernière course à l’Elysée. Au-delà des considérations spécifiques qu’il permet de faire sur l’état des forces politiques en France, il ne faut pas manquer d’analyser ce scrutin dans le cadre plus large qui est le sien : celui d’une recomposition des rapports de force internationaux sur fond de crise de la mondialisation – c’est-à-dire une crise de la forme actuelle de la circulation du capital.

Même s’il est encore trop tôt pour vérifier empiriquement une tendance de long-terme, pour la première fois depuis trente ans, la croissance du commerce international s’est affaissée sous la courbe de croissance de la production en 2016. Cet événement économique marque le ralentissement du commerce mondial, et celui-ci bouleverse les équilibres internationaux antérieurs ; de sorte qu’il constitue une véritable actualité politique, sur les échiquiers intérieurs des différents pays comme sur le plan géopolitique. Dès lors, à ces deux niveaux se structurent des forces opposées, que l’on peut grossièrement distinguer en un bloc favorable au cadre existant et en un bloc « anti-mondialisation », favorable à une relocalisation plus nationale des capitaux – les processus historiques étant plus ou moins lents et labiles, cette présentation se réalise rarement de manière si évidente.

Toutefois la guerre en Ukraine a certainement été l’un des premiers événements explicites de cette recomposition aux frontières européennes. Suscité par les perspectives d’intégration de l’Ukraine au spectre militaire et économique européen, ce conflit manifestait autant la promotion d’un modèle commercial par l’Europe que les difficultés de Russie à s’y faire une place – difficultés illustrées par le sévère déficit de la balance commerciale russe. Mais déjà, cette guerre soulignait le retrait militaire – et même politique – américain : deux ans plus tard, la rhétorique diplomatique du Kremlin s’est adaptée, de sorte les vieilles déclarations anti-américaines ont fait la place aux avertissements vivement martiaux adressés à l’Europe.

Aux Etats-Unis justement, une candidature isolationniste et protectionniste remportait l’investiture républicaine – tandis qu’une autre, celle de Bernie Sanders, participait avec un certain succès à la primaire démocrate. L’élection de Mr Trump a eu pour effet d’amorcer clairement un retrait des Etats-Unis vis-à-vis de la mondialisation, et une distance vis-à-vis du rôle géopolitique qui était le sien – bien que ces orientations se trouvent, à l’heure actuelle, inévitablement fluctuantes.

Dès lors, l’Europe subit également les effets du ralentissement du commerce mondial. Si, pour de multiples raisons, les votes Le Pen ou Mélenchon ne s’équivalent pas, ils ont au moins une signification commune : plus de 45% de votes exprimés en faveur de programmes anti-mondialisation fonctionnent comme l’écho du brexit, du scrutin autrichien ou de la chute de Mattéo Renzi en Italie. Mais ces événements trouvent aussi leur pendant conflictuel dans la victoire probable d’Emmanuel Macron, la perspective d’une chancellerie allemande aux mains du SPD de Mr Schultz en septembre, le retour aux affaires de Tony Blair ou la présidence du Parti démocrate italien échue à Mattéo Renzi. Deux forces, centrifuges et centripètes, se font face et leur avenir est conflictuel.

Sur le plan intérieur, en France, l’affrontement de ces deux positions risque bien de provoquer une situation de crise politique : soit à court-terme, en fonction des résultats législatifs, soit à long terme avec la perspective d’une situation véritablement ingouvernable. Sur le plan international, ces conflits qui se transposent entre pays risquent d’aboutir à des situations tendues, notamment en mer de Chine, l’un des points les plus chauds du globe sur lequel s’exacerbent l’instabilité institutionnelle et les renversements d’alliance.

Cette instabilité politique indique l’instabilité du capital et les atermoiements de la bourgeoisie qui s’y trouve confrontée, hésitante entre le maintien du statu quo et la réforme du mode formel de circulation du capital. Ces hésitations, un peu partout, exacerbent les antagonismes nationaux : l’Europe aurait tort de se croire épargnée tandis que les propositions diplomatiques les plus farfelues émergent, et que certains Etats comme la Finlande réinstaurent une conscription militaire. De chacune de ces tentatives, le prolétariat fera de toutes façons les frais – sur le niveau de son exploitation, ses conditions de travail, son existence quotidienne.

Voyant qu’aucune orientation bourgeoise ne peut le sortir de l’impasse, le prolétariat ne peut se passer d’une position indépendante de classe. Pour écarter les solutions autoritaires et néofascistes, il ne pourra, pas plus, se priver de la lutte directe

< >

Un commentaire (+ ajoutez le votre ?)

  1. Esquer
    07 Mai 2017 @ 01:15:23

    Très déçue où très très très très déçue demain, Quoi qu’il arrive je serai bien triste du résultat. 🙁

    Répondre

Réagissez