Suicide au travail : la violence de la bourgeoisie

La violence patronale et étatique est moins spectaculaire – et nettement moins médiatisée –  que la violence des prolétaires. Elle est pourtant de loin la plus pernicieuse : humiliations quotidiennes, management par la terreur, torture psychologique, sexisme, accidents du travail, épuisement, isolement, harcèlement etc. La chemise déchirée du PDG d’Air France fait pâle figure à côté des conséquences du chômage de masse, de la misère et de la répression… sans parler des bombes déversées sur les civils pendant les guerres impérialistes, de la chasse aux migrant-es ou du travail des enfants à l’échelle mondiale. Rien qu’en se cantonnant au territoire français, l’actualité fourmille d’exemples dramatiques. Nous pensons surtout a ces situations tellement insupportables qu’elles poussent au suicide, qu’elles conduisent les prolétaires à retourner la violence contre eux-même. Edouard cheminot à la SNCF, des travailleurs et travailleuses de hôpital Cochin et de l’hôpital George Pompidoux, de l’entreprise Daher etc. La liste de ces dernières semaines des suicides au travail liés au terrorisme patronal est trop longue pour être citée en entier. Nous pensons aussi au récent suicide d’une lycéenne de Pontarlier à sa sortie de garde à vue, ainsi qu’au chiffre vertigineux d’un décès tout les 3 jours en prison. Nous pourrions également évoquer le fait que les chômeurs ont deux fois plus de chances de mettre fin à leur jour par rapport au reste de la population ou encore le tabou du grand nombre de suicides chez les personnes âgées isolées.

Le suicide n’est pas une forme d’évasion, ni une solution romantique à l’exploitation, à l’emprisonnement ou à l’isolement. C’est la plupart du temps le résultat – sans retour possible – d’une dépression grave causée par plusieurs facteurs. Des facteurs d’ordres personnels bien souvent, mais généralement entremêlés avec des facteurs indissociables du système capitaliste dont la responsabilité est écrasante. Il en est sans doute de même pour de nombreux gestes de « folie », à l’image du commandant de bord de la Germanwings qui a fait écrasé son avion en mars 2015, emmenant dans la mort ses passagers.

La violence des exploiteurs est banalisée, l’atomisation de la société serait une fatalité, le système capitaliste le « moins pire de tous » et la culpabilité des victimes une évidence. On nous répète à longueur de journée que c’est « la fin de l’histoire » et que « l’homme est un loup pour l’homme », bref que toutes luttes seraient vaines et la résignation la seule solution réaliste. Les travailleurs e ttravailleuses incapables d’atteindre des objectifs professionnels inatteignables devraient même se repentir de leur faute, au nom de vieux relents inquisitoires catholiques bien ancrés dans les mentalités françaises. Il en est de même pour les chômeurs et les précaires, coupables de toucher les quelques maigres allocations nécessaire à leur survie, au point qu’ils sont nombreux et nombreuses à préférer ne pas faire valoir leurs droits. La suite logique de cette banalisation et de ce fatalisme est l’absence de perspectives et un très fort sentiment d’impuissance qui peut très vite se transformer en désespoir et conduire au geste fatal. Quant à la bourgeoisie, sa morale répond simplement à ses intérêts matériels : se faire du fric et assurer la reproduction de sa classe, tant pis s’il en résulte des dommages collatéraux avec des milliers de vies broyées par les rouages du capital. De toute façon, il y a la charité pour se donner bonne conscience (et payer moins d’impôts). Aujourd’hui, des structures comme la fondation Bill Gates sont plus puissantes que de nombreux États…

Cette violence est renforcée par les nouveaux avatars de la société de contrôle, avec l’aide de nouvelles technologies, qui se traduisent par un effacement de la « vie privée » des salarié-es ou des prisonniers. On le voit avec le développement du travail 24h/24h via les ordinateurs et les smart phone ou encore avec les bracelets électroniques. La conséquence est la disparition des refuges et des instants de tranquillité permettant de souffler et d’échapper au moins provisoirement au Léviathan.
Mais c’est principalement la faiblesse des réponses collectives face à l’exploitation qui explique au niveau global les vagues de suicide. La « médicalisation » se substitue en effet à la discussion, aux échanges, aux conflits sociaux et in fine au rapport de force, ceci dans un contexte de délitement de la conscience de classe (qui heureusement connaît actuellement de salvateurs soubresauts). Autrement dit, les initiatives prises par les autorités se contentent sans surprise de traiter les symptômes de la souffrance (avec un N° vert, des « analyses de la pratique » ou un suivi psychologique par exemple) et souvent de manière individuelle.

Pour l’UPC, seule une réponse radicale venant des « victimes » elles-mêmes, qui s’attaquerait à la racine du problème, peut améliorer la situation.
Concrètement, il est important d’être capable de se doter d’un minimum de structures d’autodéfenses et de solidarité face à l’individualisation des rapports sociaux. Renforcer les syndicats de luttes et les dépasser quand ils deviennent insuffisants pour porter l’offensive sur le terrain du pouvoir. Retrouver la fierté d’appartenir à la classe ouvrière et contribuer à la guerre de classes. Recréer des espaces communs pour respirer et se serrer les coudes dans l’objectif de faire dégager les exploiteurs et leurs chiens de garde. « Que la peur change de camp » peut sembler n’être qu’un slogan vide et incantatoire mais il demeure une nécessité – une question de survie – pour de nombreux et de nombreuses camarades.

< >

Réagissez