La clause Molière : une clause raciste et anti-ouvrière

Ce jeudi 9 mars, après la Normandie, les Hauts-de-France et l’Auvergne-Rhône-Alpes, la région Île-de-France a adopté la « clause Molière ». Ce terme si joliment formulé recouvre en fait une incitation légale à la discrimination à l’embauche dans le bâtiment et les travaux publics. L’Île-de-France devient ainsi la quatrième région de France à interdire toute autre langue que le français sur les chantiers. Autrement, l’entreprise se verra interdire l’accès aux travaux publics, sauf si elle accepte de rémunérer un interprète. Les pouvoirs publics incitent donc à exclure tous les travailleurs non francophones. Notons que nos dirigeants n’ont en revanche pas jugé indispensable de défendre la langue de Molière dans les réunions de travail en anglais des directions des grandes entreprises. Les bourgeois, eux, on le droit de parler dans la langue qui leur plaît. Par contre, Laurent Wauquiez, vice-président des Républicains et président du conseil régional d’Auvergne-Rhône-Alpes, n’a pas hésité à créer, en toute illégalité, une « brigade de la langue française » composée de cinq agents de la région chargée du respect de cette clause sur les chantiers. On le voit : cette mesure de discrimination ne vise que les prolétaires ! Nous ne nous tromperons pas sur les véritables objectifs des promoteurs du racisme et de la xénophobie.

Il s’agit d’une mesure de combat contre les ouvriers non qualifiés du bâtiments, souvent étrangers ou du moins issus de l’immigration, en tous les cas déjà réduits à une forte précarité mais aussi à des conditions de travail épouvantables par la sous-traitance, l’intérim, le pseudo « auto-entreprenariat » et le travail au noir. La déqualification des emplois dans le bâtiment va de pair avec leur racialisation, dans la mesure où c’est très souvent la main-d’œuvre immigrée qui jouera le rôle de simples manœuvres sous-payée dans un secteur désormais dominé par une forme d’organisation hyperrationalisée (informatisation ; préfabrication ; rythme implacable du temps de travail). Selon l’INSEE, la proportion d’immigrés dans le bâtiment serait autour de 16%. La CGT, quant à elle, estime ce chiffre entre 30 et 40%. Ces ouvriers soumis aux ordres des contremaîtres blancs, systématiquement soumis aux tâches les plus pénibles et les plus exposées aux accidents, seront-ils désormais aussi condamnés au travail informel et non déclaré ?

Cette mesure raciste nous rappelle l’importance pour l’État et la bourgeoisie de segmenter toujours plus la classe des travailleurs, de renforcer toujours plus la surexploitation des plus précaires d’entre nous. Rappelons qu’en France, plus de cinq million d’emplois sont déjà formellement interdits aux étrangers. À cela s’ajoute les multiples discriminations à l’embauche et au sein du système scolaire où la maîtrise de la langue est l’un des principaux obstacles pour les immigré-e-s et les Français-es issu-e-s des milieux ouvriers.

Les communistes et les militant-e-s ouvrier-e-s doivent se battre contre cette « clause Molière » et pour imposer une orientation résolument internationaliste et antiraciste dans leurs syndicats et organisations de lutte. Car plus les ouvrier-e-s non-qualifié-e-s immigré-e-s seront réduit-e-s à la condition d’intérimaires ou de travailleurs au noir, plus la pression pour précariser les travailleurs français-es sera forte. Plus la concurrence entre les travailleurs est élevée, plus mauvaises seront les conditions de survie de tous les travailleurs. Les mesures contre les immigré-e-s se sont toujours accompagnées d’un recul social pour tous et toutes en France, quoi qu’en dise le Front National lorsqu’il prend des accents « socialisants » pour s’adresser aux salarié-e-s français-e-s. Ces mesures favoriseront encore plus l’éclatement des communautés de lutte et l’isolement des prolétaires dans le bâtiment et les travaux publics.

À cela, nous, communistes et militant-e-s ouvrier-e-s, devons opposer notre plus grande force pour aller vers une organisation unitaire capable de saper la base de l’exploitation et de la racialisation.

 

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