Poker, fric et arrangements

Côté droit : Sarkozy devait se faire dégager par Juppé. Il l’a été finalement par Fillon. Celui-là  se voulait l’incarnation de la probité et de l’exemplarité.  Quelques semaines plus tard, certainement fin de partie pour lui : le voilà épinglé pour enrichissement sans cause, lié aux emplois fictifs octroyés à ses proches.  Incarner dans ces conditions la  » valeur travail  » pour imposer la réduction drastique des maigres aides sociales accordées aux plus pauvres ne sera pas aisé. La droite est fébrile. Qui pour le remplacer ? Juppé a d’ores et déjà une inscription à son casier judiciaire, pour des faits similaires…

La mise en débat de l’usage des enveloppes parlementaires a aussi permis au public de s’informer des pratiques des élus Front National au parlement européen : les mêmes que celles de M. Fillon. Là, il s’agit toutefois de payer sur denier public les permanents et les gardes du corps du parti. A la décharge du parti d’extrême-droite, certains pourraient se dire qu’au moins il s’agit là de faire avancer la cause et les idées, si cette cause et ces idées n’exhalaient pas une telle odeur de vomissure..

Ni de gauche, ni de gauche, Macron aurait pour sa part usé et abusé des moyens du ministère de l’économie pour lancer sa campagne, tandis qu’un journal d’investigation s’attarde sur les facilités que l’Elysée et le ministère des affaires étrangères auraient accordés pour un voyage au Liban à ce prétendu outsider anti-système, incapable de formuler une proposition quelconque sinon celle de faire travailler les gens la nuit et le dimanche, si possible sans protection sociale.

Côté PS : la ligne hollandaise ne survit évidemment pas aux primaires et Valls a reçu un camouflet qui ne peut que nous faire sourire. Restent deux bureaucrates socialistes, Hamon et Mélenchon, le premier, ancien ministre, promettant la main sur le coeur d’abroger la loi El Khomri, tout en soutenant la candidature de El Khomri aux législatives; le second jurant ses grands dieux qu’avec lui la vie va changer, mais en proposant un programme bien plus modeste que ne l’était celui de son maître à penser François Mitterrand, en 1981.

Hamon et Mélenchon ont des vues sociales similaires , mais il n’est pas sûr qu’ils réussiront à s’entendre, au grand dam de leur base sociale. Le premier du fait de l’appareil quasi-cadavérique du PS, qu’il est avant tout chargé de maintenir sous perfusion. Le second, du fait de son égo. Mais perdons-nous grand chose ? Qu’elle résulte d’une assemblée constituante ou d’un référendum, la sixième république qu’ils proposent, parlementaire et représentative, sera toujours une république bourgeoise, dans la filiation des précédentes. Ni le Mélenchon, avec ses accents nationalistes, ni, évidemment, le PS ne se propose de changer fondamentalement les règles du jeu. Le prétendu revenu universel n’est lui-même qu’un cache-sexe de la mise en cause du SMIC et de la sécurité sociale.

Lorsque nous baissons la garde, de rudes coups peuvent venir, pour nous prolétaires, aussi bien du côté droit que du côté gauche. Les cinq dernières années l’ont montré. Amenuiser nos moyens de subsistance, sauver l’économie capitaliste en crise, tel est le programme commun de l’ensemble des politiciens de profession, dès lors qu’ils prétendent gouverner dans le cadre actuel de la démocratie bourgeoise. C’est d’ailleurs le seul aspect de leur programme auquel ils se tiennent réellement.
Si la crise actuelle a simplement pour effet de replâtrer le régime existant en renouvelant les visages qu’on aperçoit sur le théâtre d’ombre de la politique, ce sera autant de temps perdu pour le prolétariat. Cette crise pourrait même se résoudre brutalement, à l’avantage des forces patronales et du conservatisme social.

Un autre scénario est toutefois possible et souhaitable. A la faveur de la crise politique, les exploités peuvent faire irruption sur la scène pour mettre un coup d’arrêt à l’actuelle restructuration capitaliste destructrice de nos conditions d’existence. Donnons nous les moyens d’y parvenir.

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