JUSTICE POUR THEO ET POUR TOUS LES AUTRES

On pensait avoir été suffisamment dégoûté de la police et de la justice après que Adama Traoré ait trouvé la mort dans un commissariat et que son frère, et non les flics responsables de sa mort, ait été arrêté pour violences. Ou par le décès de Mehdi, poursuivi par un véhicule de police à Vénissieux le 11 décembre dernier.

Mais on apprend une nouvelle affaire. Celle de Théo, 22 ans, habitant à Aulnay-sous-bois, qui réagit verbalement lorsqu’il voit un groupe de policiers malmener un adolescent de son quartier. Théo n’est accusé d’aucun délit. Il est pourtant gazé, frappé et finalement violé avec un matraque dans la rue. Il est ensuite interpellé, à nouveau frappé et sujet à de nombreuses insultes racistes.

La version délirante de la police est la suivante : Théo aurait été violé par mégarde, la matraque se serait retrouvée « par mégarde » dans son anus. Malgré l’évidente mauvaise foi, l’excuse est dans un premier temps acceptée par le parquet. Comme souvent, la justice se met au service de la police. Alors éclate le mensonge bourgeois des droits de l’homme, dont seul celui de la propriété privée semble réellement respecté. Personne ne peut honnêtement croire, vidéos et analyses médicales à l’appui, que la violence des flics à quatre contre un était justifiée. Personne ne peut honnêtement croire que le coup de matraque donné à ce jeune homme au sol se retrouve « par mégarde » dans son anus. Les juges ne sont pas stupides – ce n’est que par favoritisme qu’ils acceptent la version des policiers.

Ce type d’affaire n’est pas nouvelle pour la police. Déjà, la « Brigade de Soutien des Quartiers » du XIIème avait fait parler d’elle dans des scénarios similaires. Les membres de cette brigade se sont retrouvés impliqués dans une affaire d’agressions sexuelles répétées (doigts dans l’anus,…) sur pas moins de 18 adolescent-es (garçons et filles). Avec une fois de plus des victimes issu-e-s de minorités, des coups et des insultes racistes de la part de ces flics à tendance pédophile. Avec, bien sûr, des menaces contre les mineurs abusé-e-s et leur familles s’ils devaient briser le silence. Des faits pourtant connus par tout le monde dans le quartier. Pour parfaire l’horreur, le témoignage d’un habitant : « …maintenant, ils s’en prennent aux petits, dès 12 ans ».

Ces flics violeurs de gamins trouvent bien logiquement le soutien du site « FdeSouche » animé par Pierre Sautarel, membre du Front National, parti qui propose pourtant la peine de mort pour les violeurs d’enfants. Visiblement, cela ne vaut pas pour tout le monde…

Rappelons au passage qu’en France, un-e noir-e et un-e maghrébin-e a entre 6,5 et 7 fois plus de chance d’être contrôlé qu’un blanc lorsqu’il circule dans la rue. Et en 1999, la France a été condamnée par la Cour Européenne des Droits de l’Homme pour les sévices subis par les gardés à vue, notamment des sévices sexuels avec des matraques. En janvier dernier, la justice de classe n’avait condamné un flic qu’à du sursis pour des faits semblables.

On peut y ajouter la menace de viol et les coups à l’encontre d’un enseignant de la Sorbonne lorsque celui-ci filmait lui-même une interpellation violente dans le métro…

…Ou encore l’affaire de cette touriste canadienne qui dénonce un viol collectif dans les locaux mêmes du 36, quai des Orfèvres, siège de la Direction régionale de la police judiciaire de Paris. Bien que l’enquête révèle des SMS dans lesquels les flics plaisantent entre eux sur leur acte, le tribunal prononcera un « non-lieu »… « faute de preuves » ! La Cour aurait en effet égaré les copies des SMS.

La nausée ne fait que monter à la vue des politiciens, des journalistes et des responsables de syndicats de police qui défilent pour pleurer sur le mobilier urbain et les poubelles cramées, alors qu’ils couvrent les crimes – oh combien plus violents ! – de la police.

Les violences policières et leur caractère raciste sont un tabou en France. Il en va de même pour le viol. Que ce serait-il passé si celui de Théo n’avait pas été filmé ? Une enquête aurait-elle été ouverte ? Et si celui-ci avait concerné une femme, comme c’est le cas la plupart du temps ? Les soutiens de la gauche auraient-ils été les mêmes ?

La justice souvent taxée de « laxiste » par ces mêmes policiers et leurs soutiens réactionnaires est en fait souvent complice. En rendant des verdicts qui défient toute logique, les juges démontrent qu’ils sont au service de la police plus que de la loi. La justice apporte la preuve de son fondement bourgeois et raciste lorsqu’elle valide les violences gratuites exercées contre un prolétariat précaire et racisé.

Mais cela n’est pas suffisant pour nos agents de police qui n’ont pas honte de manifester armés dans nos rues pendant que l’on interdit les manifs syndicales au nom de l’État d’urgence, et qui réclament le droit à la « présomption de légitime défense » sur le modèle américain. Autrement dit, le droit de tuer sans être poursuivi par la justice.

Les faits sont trop nombreux, la mauvaise foi des juges trop évidente et la naïveté des journalistes trop artificielle pour que l’on puisse encore parler de « bavures » comme s’il ne s’agissait que d’erreurs ou de faits isolés commis par quelques individus. Il y a, au contraire, une tendance structurelle des institutions répressives à la brutalité envers le prolétariat. Il y a une tendance strucuturelle de la polices à outrepasser les lois qu’elle est censée faire respecter.

Le viol policier semble bien être une arme de domination et d’humiliation banalisée. Le choix de cette arme n’est pas anodin dans une société de domination masculine, où une femme de flic a quinze fois plus de chance qu’une autre de subir des violences conjugales, violences qu’elle ne peut bien sur pas dénoncer. Cette diffusion du viol policier nous rappelle qu’en plus d’être une institution raciste, la police est également une organisation sexiste. En 2010, une ancienne de la Police aux Frontières l’illustrait par ses récits de viols au sein de la police, ou la hiérarchie intervient systématiquement pour faire taire les agressées et couvrir les agresseurs.

La mauvaise foi évidente dont font preuve les tribunaux dans ces affaires doit nous rappeler qu’il ne sert à rien de s’en remettre au bon sens de la justice des magistrats. Quoi que dise le maire d’Aulnay-sous-bois dans ses déclarations aux habitants – « l’Etat est derrière eux, et non contre eux, pour les soutenir » – l’État est plus que jamais contre nous. Les violences contre les manifestant-e-s du mouvement contre la loi travail, celles contre les migrant-e-s, la mort d’Adama Traoré et maintenant le viol de Théo sont là pour nous le rappeler. En même temps, cet État assouplit les règles encadrant l’usage des armes pour les flics. Nous ne sommes pas dupes : au moment même où Hollande se rend au chevet de Théo, ses flics tirent à balles réelles – oui, À BALLES RÉELLES – sur les habitants d’Aulnay-sous-bois.

Ce qui peut permettre de faire sauter le tabou des violences policières et notamment des violences sexuelles des flics, ce qui peut pousser les tribunaux à les condamner, ce n’est certainement pas le respect de la loi que les juges imposent aux uns pour permettre aux autres de la contourner. Non, ce qui peut faire reculer ces violences, ce qui peut nous apporter justice, ce n’est que la mobilisation dans nos quartiers, par la lutte, par l’unité des opprimé-e-s qui subissent quotidiennement cette violence et ces humiliations. Le mouvement « Black lives matter » contre la violence et le racisme policier aux États-Unis nous rappelle que cette violence infâme n’est pas une fatalité, mais qu’elle peut être combattue et tenue en échec !

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