Loi travail : loi du capital

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Dans la société capitaliste, nous qui n’avons que notre force de travail à vendre pour subvenir à nos besoins sommes sans cesse renvoyés à l’isolement. Nous devons sans relâche négocier les conditions de la vente de notre force de travail dans les limites déterminées exclusivement par ceux qui nous exploitent. D’abord pour trouver un emploi, ensuite pour que cet emploi nous permette de survivre. La plupart du temps, ceci passe par la concurrence de tou-te-s contre tou-te-s : tel travail ou telle promotion, je l’obtiens au détriment d’un-e autre. 
Dans le cadre de luttes collectives, cette mise en concurrence des travailleurs/ses se révèle tout aussi opérante. Ce que l’on arrache par boîte ou même par branche, les défaites que l’on parvient parfois à imposer aux capitalistes, ne sont la plupart du temps qu’un écran de fumée. Les capitalistes parviennent toujours à extorquer leur plus-value ailleurs : tantôt en faisant baisser les salaires des segments les plus précaires du prolétariat dans un même pays, tantôt en tirant profit de la nouvelle division internationale du travail : ce sont les fameuses délocalisations et les investissements. C’est que nos luttes collectives ne changent pas la structure de l’ensemble. Entre les entreprises, entre les branches, entre les pays, c’est la loi de la concurrence entre prolétaires qui prévaut.
En ce sens, le projet de loi El Khomri, c’est l’archétype de la loi du capitalisme de nos jours. En cherchant à transformer le travail en une affaire quasi individuelle, ce projet vise la division de tou-te-s. La loi El Khomri rabaisserait les contrats les plus précaires à toujours plus de misère, ce qui ne peut que renforcer les tensions et les rapports de concurrence entre les travailleurs/ses blancs et les travailleurs/ses issu-e-s de l’immigration. Cette même loi imposerait une flexibilité dont les premières victimes seront les femmes : il est bien plus difficile pour celles qui doivent chercher les enfants à l’écoles, aller faire les courses pour toute la famille, s’occuper du travail domestique, etc., de composer avec un emploi du temps à la petite semaine.
Ainsi, le projet de loi El Khomri s’inscrit dans la longue durée du capitalisme. Il vise en effet à ce que la négociation du prix de notre force de travail ait lieu à l’échelle la plus petite : à l’échelle de l’entreprise, voire de l’individu. Face à cette offensive capitaliste, une certaine partie de la gauche (Mélanchon, Ruffin, etc.) rêve de créer une nouvelle négociation collective du salaire et du partage des richesses entre les classes. Mais elle omet un point important. C’est que le capital ne possède pas de machine à remonter le temps. Pour augmenter la productivité, les capitalistes introduisent, depuis des siècles, de nouvelles technologies dans la production, ce qui rend de plus en plus de prolétaires superflus à la production. En même temps, ceci fait baisser la valeur des marchandises. Ce sont là les causes de la baisse tendancielle du taux de profit, de la nécessité pour les capitalistes de trouver une marge sur le prix du travail (le « coût du travail », du point de vue comptable bourgeois). Ainsi, on ne peut améliorer la condition des travailleurs/ses sans remettre en cause la loi fondamentale du capitalisme : la subordination salariale, c’est-à-dire la contrainte pour nous tou-te-s de vendre notre force de travail aux capitalistes. 
Or, cette contrainte est assurée par tout l’appareil idéologique et politique de l’État, qui n’est qu’un instrument au service des affaires bourgeoises. Cet instrument sert aujourd’hui à  faire avancer la restructuration du marché du travail au moyen du vaste dispositif prévu par la loi El Khomri. C’est pourquoi nous participons aux luttes contre celle-ci. En partant de la défense des intérêts les plus immédiats de notre classe, nous cherchons à pousser ces luttes jusqu’au bout, pour les faire basculer de la défensive à l’offensive. Tout  appel à « ne rien revendiquer » ne peut que venir de celles et ceux qui pensent pouvoir faire disparaître nos problèmes matériels par un coup de baguette magique. Car ici et maintenant, il nous faut bien, face au coups que nous nous prenons, défendre nos salaires et chercher à améliorer nos conditions de travail. Toutefois, au-delà du moment présent, l’insubordination qui se manifeste aujourd’hui doit s’ancrer dans une perspective plus large, celle de la révolution communiste. Il n’y a pas de solution pour nous dans le cadre de l’organisation sociale présente. Laissons-donc les capitalistes gérer le capitalisme. Et nous, renforçons la lutte contre le principe même de notre dépossession : l’appropriation de notre travail et de nos vies par les capitalistes.

 

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