Ça va chauffer ! (4)

Suite et fin de notre série sur l’écologie (voir premier volet, deuxième volet, troisième volet)
– L’impuissance des solutions alternativistes et comportementales face au changement climatique :   
    
Pour les défenseurs des solutions « alternatives », le consommateur (ou un groupe de consommateurs) peut changer les choses en profondeur en modifiant son comportement. Chez les plus radicaux cette alternative suppose un nouveau mode de vie en rupture avec le mode de vie consumériste et productiviste (mouvement Colibri, décroissants, villes en transition etc.) tandis que pour les acteurs plus institutionnels (ADEME, collectivités territoriales etc.) il s’agit surtout de promouvoir les gestes « durables » comme le tri des déchets. 
Ces solutions ont au moins le mérite d’expérimenter des actions concrètes permettant de réduire les effets des activités humaines sur l’environnement. Mais le discours est généralement culpabilisant et individualiste, en faisant reposer sur les consommateurs la responsabilité de la crise écologique. C’est surtout vrai pour les classes prolétaires qui se voient stigmatisées pour des comportements jugés déviants : consommer « éthique » est un luxe que beaucoup ne peuvent pas se payer. Pourtant, un homme d’affaire qui prend l’avion une fois par an pollue beaucoup plus qu’un ouvrier qui roule toute l’année avec une vieille voiture. Les conseils « écoresponsables » sont même parfois aberrants : comment laisser sa voiture au garage lorsque l’on travaille dans une zone industrielle non desservie par les transports en commun ou comment économiser de l’électricité à grande échelle quand est locataire d’un logement vétuste et mal isolé ? Cette stigmatisation est d’autant plus ignoble que les prolétaires sont souvent les premières victimes de la situation : nous sommes ceux qui payent le plus de chauffage ou d’essence (ou les billets de train, merci la SNCF pour la hausse des tarifs) proportionnellement à nos revenus. Et c’est un véritable cercle vicieux qui s’installe, car lorsque nous ne pouvons pas payer la facture de gaz ou d’électricité à la fin du mois, nous pouvons encore moins dépenser de l’argent pour acheter un nouveau chauffage moins gourmand. 
Les alternatives plus radicales peuvent quant à elles être à la source de dérives réactionnaires si l’on n’y prend pas garde : certains discours ouvrent en effet la porte grande ouverte vers la glorification du retour à la terre et à un soi-disant « état de nature ». Chez d’autres, c’est le protectionnisme et le repli sectaire sur le local qui sont préconisés. Mais surtout, les solutions alternativistes sont criticables à nos yeux car elles minimisent le rôle primordial de la lutte des classes. En clair, nous ne pouvons pas nous contenter de créer des îlots écologistes isolés au milieu d’un vaste monde dévasté par le capitalisme. 
Évidemment, nous encourageons tout de même toutes les initiatives qui permettent de limiter les dégâts, de cibler les entreprises polluantes ou la responsabilité des États. Ne serait-ce que parce qu’un coup porté contre l’adversaire est toujours le bienvenu. Toutefois, nous sommes conscients que toutes ces initiatives resteront très insuffisantes dans le cadre du capitalisme, et ceci même avec la meilleure volonté du monde. Notre priorité est donc de s’organiser au quotidien et sur le terrain pour la victoire de notre classe, pour une société communiste qui abolira l’exploitation, l’argent, la propriété privée des moyens de production et in fine l’État devenu inutile. En effet, dans une société communiste, l’économie servira à répondre aux besoins de la société toute entière : il ne sera plus question de sur-produire, de sur-travailler, de sur-polluer pour pouvoir répondre – comme c’est le cas actuellement – aux intérêts d’une classe de privilégiés en quête de profits toujours plus volumineux. 
Pour aller plus loin :
« L’impossible capitalisme vert » de Daniel Tanuro, éditions La découverte, 2012. 
– Dossier sur le gaz de schiste dans le N°95 de la revue « Convergences révolutionnaires », septembre-octobre 2014
« Le capitalisme contre le droit à la ville : Néolibéralisme, urbanisation, résistances » de David Harvey, éditions Amsterdam,‎ 2011.
« Marx écologiste » de John Bellamy Foster, éditions Amsterdam, 2011. 

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