C'est pas sur vos tapis qu'on meurt de silicose…

willy-ronis-2-2M26966La silicose est une maladie irréversible et progressive qui perfore les poumons. Elle se contracte du fait de l’inhalation de silice, c’est à dire de sable.

Cette maladie des mineurs de fond a longtemps symbolisé les mutilations infligées par les conditions inhumaines de travail imposées à cette fraction de la classe ouvrière. Des dizaines d’anciens mineurs, qui constituent toujours dans des localités une part essentielle des patients de certains médecins, sont encore chaque année reconnus victimes de cette maladie professionnelle.

Ce qui est moins connu, c’est que des travailleurs continuent à contracter aujourd’hui la silicose. Il est inutile d’aller inspecter les mines d’Afrique du Sud : plusieurs types de travaux dans le bâtiment, ou encore dans la fabrication de prothèses dentaires, exposent à la silice, dans le moindre village comme dans les beaux quartiers des grandes villes. Selon l’INRS, 295 000 travailleurs y sont exposés du fait de leur activité professionnelle.

Le Code du travail a intégré, bien tardivement, une valeur limite d’exposition aux différents éléments de la silice. Lorsque d’autres agents dangereux sont présents dans l’atmosphère, cette valeur est ramenée à un niveau plus faible, qu’on déduit d’une opération mathématique compliquée.

En dépit de cette limite d’exposition, c’est à l’employeur de décider du moment où sera vérifié qu’elle n’est pas dépassée, lorsqu’il procède, et ce n’est pas souvent le cas, à ce mesurage.

De la même manière, c’est lui qui décide de s’affilier à tel ou tel service de médecine du travail et, lorsque les visites médicales ont bien lieu, ce qui est rarement le cas lorsque le travailleur n’est pas déclaré, encore faut-il que le suivi médical renforcé soit effectivement mis en place, pour que les effets d’une exposition éventuelle soient détectés.

Les agents de l’inspection du travail sont de toute façon trop peu nombreux et disposent de bien peu de pouvoir et de moyens pour vérifier que ces mesurages sont faits, et qu’ils sont faits honnêtement. Lorsqu’ils ne sont pas faits, ce sera à l’employeur de choisir l’organisme d’expertise, et le moment, où sera procédé aux vérifications utiles, sur injonction de l’administration. Autant dire qu’il aura le temps de modifier les instruments et les conditions de travail ! Bien peu seront signalés pour avoir mis en danger la vie d’autrui.

Comme elle l’a fait pour la silice, la classe capitaliste française a mis un siècle, et encore parce qu’elle y a été contrainte, à faire mine de prendre des mesures contre l’exposition à l’amiante, dont il était connu qu’elle était cancérigène depuis le début du XXème siècle. Des capitalistes dont il était su qu’ils exposaient massivement leurs travailleurs à cette substance ont été jusque très tard protégés par l’État, par les gouvernements successifs. La mise en examen de cadres dirigeants du ministère du travail ayant exercé à la fin des années 80 nous l’a rappelé récemment.

Un dense réseau d’organismes et d’entreprises spécialisés se chargent désormais de détecter l’amiante dans les constructions, et, lorsqu’un chantier est prévu, ces matières doivent être retirées dans un cadre protecteur pour les travailleurs. Bien souvent, les mêmes qui ont fait fortune en méprisant la sécurité de leurs salariés exposés à l’amiante font maintenant fortune dans le désamiantage.

Mais la détection de l’amiante, devenue obligatoire, est faite dans les parties accessibles des éléments des murs, des sols et des plafonds. A l’intérieur de ceux-ci, des composants amiantés existent en fait massivement, dans tout le bâti ancien, à usage d’habitation comme professionnel, de toutes les villes et de toutes les campagnes françaises. Or, lorsqu’un chantier, notamment de démolition est prévu, le sondage de ces éléments-là n’est obligatoire qu’à partir d’une certaine importance du chantier. Et, même lorsqu’elle est obligatoire, il est aussi difficile que s’agissant de la silice pour la société de s’assurer qu’elle ait été faite, et qu’elle ait été faite sérieusement. C’est certainement le cas dans bien des chantiers d’envergure, mais pas dans tous.

Mais combien de centaines de milliers de travailleurs-ses, notamment étrangers, employés dans les milliers de petits chantiers d’aménagement de magasins, de cabinets d’avocat ou d’appartements sont en contact quotidien avec l’amiante, sans que les travailleurs soient déclarés ni qu’aucune obligation de prévention ne soit respectée pour faire des économies ? Et combien disposeront plus tard des preuves qu’ils y ont effectivement travaillé, et qu’ils ont été exposé, au cas où des conséquences dramatiques sur leur santé venaient à advenir ? Là encore, personne ne dispose de moyens suffisants pour mesurer vraiment les dégâts, mais surtout pour les empêcher, pour les prévenir.

Le capitalisme français a tué des dizaines de milliers de travailleurs avec la silice et avec l’amiante.

Du fait de la lutte, il a été contraint à reconnaître, du bout des lèvres, son crime. Le pouvoir d’État a voulu, pour l’effacer des mémoires, faire des mesures contre l’exposition à ces deux matières des mesures emblématiques, de sorte à changer, au moins sur ces seuls aspects, les conditions de travail.

La réalité quotidienne prouve que même cela, la bourgeoisie est bien incapable de le faire. C’est aux travailleurs-ses, par leur lutte, d’y pourvoir.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.