Russie : face à la guerre, deux oppositions.

596118_original
15 mars 2014, veille du référendum en Crimée. À Moscou, les autorités ont donné l’aval pour une « Marche de la paix », premier rassemblement légal de l’opposition depuis le début de l’intervention russe en Crimée. 50 000 manifestants ont arpenté le centre relatif de Moscou -soit un boulevard périphérique- dans un encadrement policier d’usage.

On a entendu quelques médias occidentaux, dans un enthousiasme excessif, saluer la présence de drapeaux européens dans le cortège. Et pourtant, à quelques exceptions près, nous n’y avons vu que des drapeaux russes ou ukrainiens -en nombre. La raison est simple : ce n’est pas l’Europe qui préoccupe les Russes mais leur propre régime. L’opposition procède d’une situation russe plutôt que d’un stimulus occidental, et c’est un mot d’ordre anti-Poutine qui a réuni samedi 50 000 manifestants.

Pour aussi populaire qu’il soit, ce mot d’ordre d’opposition au régime n’en reste pas moins limité politiquement : il est sans contenu effectif. Rien de plus hétérogène qu’un cortège de libéraux, de pacifistes, de staliniens dissidents [les principales organisations staliniennes, RKRP et MOK, soutiennent l’intervention], de socialistes et d’anarchistes, dans l’ensemble d’une foule de citoyens ordinaires.

Alors que sur le moyen-terme des mouvements spontanés ne sont plus à exclure à l’Est, ce mot d’ordre interroge le contenu potentiel qu’adopterait une contestation. Les perspectives traditionnelles les portent -comme à Maïdan- à des revendications libérales encadrées par des partis et des leaders bourgeois. Mais dans le contexte de dégradation économique, un tel mouvement pourrait aussi bien se doter d’un contenu social et économique, et poser la question d’une prise de pouvoir par les travailleurs eux-mêmes.

Comme en Ukraine, la question de l’indépendance de classe se pose en Russie. Les sursauts de l’impérialisme russe dénotent une fébrilité du pouvoir face à l’hypothèse probable d’une dégradation économique à venir, qui pourrait jeter les travailleurs dans la rue. Les organisations révolutionnaires auront deux fronts à mener : contre le régime, contre les libéraux.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.