Espagne : ripostons toutes et tous face à une loi contre l'avortement qui fragilise toutes les femmes !

Manifestation devant la mairie de Villeurbanne le 11/01 à 14h30.

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La rage est profonde parmi les femmes et la population de toute l’Europe à l’annonce du projet de loi du gouvernement espagnol visant à supprimer purement et simplement le droit à l’avortement.

 

Si cette loi venait à être adoptée, la pratique de l’IVG serait passible d’une peine d’emprisonnement pour les médecins. L’avortement ne sera toléré qu’en cas de viol (jusqu’à la 12e semaine) ou d’existence d’un «danger pour la santé physique et psychique». Même dans ces situations, un véritable parcours de la combattante sera nécessaire pour démontrer que l’une de ces exigences est remplie : communication d’une plainte formulée en cas de viol, avis de deux médecins pratiquant dans un centre autre que la clinique où a lieu l’opération en cas de difficulté de santé. De plus, le médecin pourra dans tous les cas refuser l’avortement en invoquant une  » clause de conscience « .

 

Une réforme avait aligné en 2010 l’Espagne sur les pays européens bénéficiant d’un droit plus avancé, sans pour autant rendre le droit à l’avortement véritablement inconditionnel, libre et gratuit. La nouvelle loi est à l’inverse un énorme retour en arrière pour les femmes et pour l’ensemble de la société, ramenant peu ou prou la situation du droit à l’avortement à ce qu’elle était sous Franco.

 

Les associations et les médecins s’inquiètent des conséquences pour la santé des femmes. Les plus aisées pourront certes, peut-être, partir à l’étranger, se déplacer en Angleterre ou en France, mais combien d’autres seront contraintes d’avorter clandestinement, mettant ainsi leur santé et leur vie en danger ?

 

Au-delà des préoccupations sanitaires, c’est le droit des femmes à disposer de leur propre corps qui est remis en cause, et donc toutes les luttes acharnées menées dans la période précédente pour obtenir cette liberté qui devrait être une évidence.

 

Les inégalités liées à la domination masculine n’ont pas disparu avec le développement de la société capitaliste et l’arrivée en masse des femmes sur le  » marché du travail « . Les femmes sont opprimées à de nombreux titres, dans l’Etat espagnol comme dans le reste du monde, dans la sphère publique comme dans la sphère dite privée : violences conjuguales, tâches « ménagères » encore très majoritairement à la charge des femmes, sous-représentation dans les activités politiques et syndicales au profit des hommes, etc.

 

L’idéologie patriarcale qui vise à justifier cette oppression est malheureusement plus présente que jamais, sous la pression des religions et de la droite conservatrice comme en Espagne, en Tunisie ou en Pologne, ou sous la pression de soit-disant prêtres « socialistes » comme en Amerique du Sud – le gouvernement sandiniste au Nicaragua a lui aussi interdit l’IVG.

 

Le capitalisme, qui en période ascendante a pu être le lieu de certaines conquêtes pour l’égalité, est aujourd’hui un grand responsable de l’aggravation des inégalités : en période de crise, les femmes sont les premières à payer les pots cassés, à subir le chômage de masse, les temps partiels imposés, les postes pénibles qui s’ajoutent à la traditionnelle exploitation de leur travail domestique. Dès lors, patriarcat et capitalisme sont alliés pour renvoyer les femmes au foyer, les assigner au rôle de mères et de reproduction de la force de travail.

 

Seule la lutte des femmes peut renverser la société patriarcale. Il appartient aux organisations qui se réclament des intérêts des exploité-e-s d’appuyer cette lutte de toutes leurs forces, par une clarification de leurs positions théoriques comme par leurs actes. En France aussi le droit à l’IVG est menacé compte tenu du manque de moyens dans les centres pratiquant ces opérations et à cause des campagnes de propagande menées par l’extrême-droite et une partie de la droite.

 

En Espagne des manifestations sont prévues dans les semaines à venir pour dénoncer l’interdiction de l’IVG. Déjà, une manifestation pour réclamer l’abrogation de cette loi a réunie 2000 personnes devant le siège du ministère de la justice a Madrid. Mais cette manifestation a été réprimé violemment par la police qui a procédé à des arrestations. Voilà qui n’est guère surprenant, puisque l’Etat espagnol a également adopté un projet de loi restreignant le droit à manifester.

 

Le franchissement d’un cap dans les mesures réactionnaires ignobles prises sur le vieux continent illustre que l’incendie révolutionnaire que nous y appelons de nos vœux depuis des années n’est pas une coquetterie romantique ou un caprice d’extrême-gauche, mais, objectivement, une condition de la sauvegarde des droits les plus élémentaires conquis par les générations précédentes.

 

Pour l’heure, l’adoption de cette loi en Espagne serait un encouragement pour la remise en cause des droits des femmes partout ailleurs. C’est dans le monde entier qu’il faut se lever pour que ce projet de loi soit retiré et pour que le recours à l’avortement soit effectivement et universellement libre et gratuit.

 

Manifestons devant les ambassades et consulats de l’Etat espagnol !

À Villeurbanne, Manifestation de soutien le 11/01 devant la mairie (Metro Gratte Ciel) à 14h30.

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