Qu'allaient-ils faire à Quimper ?

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Ce samedi 2 novembre doit avoir lieu à Quimper, à l’appel d’un collectif « pour l’emploi en Bretagne », une manifestation d’ores et déjà très médiatisée. Samedi 26 octobre, des affrontements ont opposé, autour d’un portique destiné à assurer l’application du dispositif de « l’écotaxe », des centaines de manifestants (des agriculteurs et des transporteurs routiers, pour l’essentiel) à la gendarmerie mobile et aux CRS. Deux manifestants ont été grièvement blessés des suites de la répression, l’un ayant eu la main arrachée après avoir tenté de renvoyer une grenade lacrymogène.

S’il y a lieu de s’inquiéter des effets de l’application de l’écotaxe – qui frappera pour l’essentiel, directement ou indirectement, les petits exploitants agricoles, les consommateurs et les salariés – il faut toutefois rester clair devant la mobilisation qui naît, et qui va sans aucun doute culminer dans la manifestation de ce week-end, malgré le recul d’un gouvernement « socialiste » en pleine panique.

FNSEA, MEDEF, CGPME, patrons de l’agro-alimentaire…Ces forces se sont opportunément mises en avant dans le mouvement. Elles ont su, d’une crise dont elles comptent parmi les responsables, faire émerger la seule revendication du retrait de l’écotaxe, puis donner aux inévitables poussées de colère le langage d’un soulèvement inter-classiste contre le « matraquage fiscal » ; le tout en prenant bien soin de ne pas préciser que ceux qui paieront ce « matraquage » sont bien les prolétaires : petits paysans, salariés de l’agro-alimentaire déjà touchés par les plans de licenciement, consommateurs. Ils ont réussi l’exploit d’inventer une prétendue « solidarité » entre ceux qui licencient et ceux qui sont licenciés ; entre ceux qui pourront absorber les coûts ou les répercuter sur le consommateur et ceux qui n’auront plus qu’à rejoindre les paysans suicidés, étranglés par la grande distribution, les logiques productivistes et les ogres de l’agro-alimentaire. Dans le même temps, l’extrême-droite a elle aussi sauté sur l’occasion, via ses déclinaisons jacobines ou nationalistes bretonnes, en faisant sienne les revendications des « bonnets rouges ». Les fascistes ont toujours été les ennemis des travailleurs, et ce quel que soit le drapeau dans lequel ils se drapent pour diviser le prolétariat et parler la langue jaune du patronat.

Les travailleurs et paysans bretons ont raison d’être révoltés. Ils auront raison de le dire avec force, d’opposer à la violence qui leur est faite par le gouvernement, et par les patrons que celui-ci sert, leur violence. Mais ils ne peuvent le faire sans savoir que ceux qui aujourd’hui prétendent avec eux former un front ou un collectif le font au nom de leurs propres intérêts de classe, et qu’ils n’hésiteront pas demain à leur planter dans le dos le couteau du licenciement, de la baisse des salaires, de l’achat à prix de misère des produits aux agriculteurs et de l’augmentation des prix à la vente de ces mêmes produits.

Certaines forces syndicales ou politiques locales ont énoncé des choix divers à l’égard de la mobilisation de samedi. Elles manifesteront ou ne manifesteront pas, avec ou à l’écart de ceux qui prétendent qu’il y a une communauté d’intérêt entre les différentes oppositions à ce gouvernement. Quoi qu’il en soit, il nous faut être solidaires des forces qui aujourd’hui portent clairement un discours autonome de classe, et qui luttent pour « vivre, décider et travailler » sans ceux qui nous volent nos vies, qui refusent que nous décidions et qui exploitent notre travail.

En Bretagne comme ailleurs, face au gouvernement et face aux patrons, vive la lutte autonome des travailleurs !

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