« Le secret grâce auquel la classe capitaliste maintient son pouvoir. ».

        « Nous avons la conviction qu’il est possible, avec une ferme volonté et beaucoup de persévérance, de faire pénétrer les améliorations nécessaires dans les classes malheureuses de notre cité ; mais, nous devons le reconnaître, nos espérances se décourageraient, si les quartiers misérables, dont nous poursuivons l’assainissement, devaient être régulièrement infectés, le mot n’est pas trop fort, par ces invasions de mendiants qui nous viennent des campagnes de la Bretagne. »
        C’est dans ces termes qu’en avril 1851 le polytechnicien Auguste Chérot introduisait son Rapport sur les immigrations bretonnes dans la ville de Nantes, destiné au maire de la ville. Il continuait en préconisant d’empêcher, de force, ces immigrants de quitter leurs villages d’origine : « L’administration doit les retenir dans les campagnes ; c’est là qu’elle doit s’occuper de venir en aide à leur misère. »
        En 1851, Manuel Valls aurait déclaré : « seule une minorité de Bretons veut s’intégrer ». En 2013, ce sont les Roms qui sont ciblés. Pourquoi ?
        Inexorablement, le capitalisme dépossède les populations ; et, en les dépossédant, les pousse à émigrer dans les régions industrialisées, indépendamment des frontières culturelles ou nationales. De cette façon, il crée et élargit sans cesse la classe des prolétaires, des sans-réserves qui n’ont que leur force de travail à vendre, et qui, à défaut de cette vente, tombent dans la mendicité.
        L’économie est en crise. Elle ne peut plus réguler, absorber la misère qu’elle a elle-même créé. En pareil cas, il se trouve toujours une majorité de dominants pour proposer, à grand renfort d’orateurs, d’articles de presse, de caricatures, de concentrer la dépossession fondamentale qui caractérise cette société sur les secteurs les plus faibles de la classe exploitée : les immigrants les plus récents, les « minorités » racialement désignées.
        Cette proposition vient toujours d’ « en haut ». Toutefois, elle trouve parfois une oreille attentive « en bas », parmi les pauvres, les immigrés plus anciens et les travailleurs-ses – qui pensent ainsi s’épargner de la misère, lorsqu’ils ne font que creuser leur propre tombe. Dans une certaine mesure, c’est le cas aujourd’hui.
         Dans sa correspondance à propos de l’Angleterre, Karl Marx dénonçait l’attitude de l’ « ouvrier anglais moyen » qui « hait l’ouvrier irlandais comme un concurrent qui abaisse son niveau de vie […], se sent un membre de la nation dominante, et ainsi se constitue en un instrument des aristocrates et des capitalistes de son pays contre l’Irlande, renforçant ainsi leur domination sur lui-même. » Il voyait dans cet antagonisme entre pauvres « le secret grâce auquel la classe capitaliste maintient son pouvoir. Et cette classe en est parfaitement consciente ».
        Ce secret de la domination capitaliste, nous devons l’attaquer. Comme parents d’élèves, syndicalistes, professeurs-es, agents hospitaliers, travailleurs-ses de l’État ou des organismes sociaux,nous avons la possibilité d’imposer la scolarisation des enfants, la levée des restrictions de travail, l’accès au logement, au planning familial, aux soins de santé et à tous les autres droits qui sont aujourd’hui refusés dans les faits à la minorité Rom. La population ouvrière doit dénoncer également la prétendue « liberté » bourgeoise de la presse, lorsqu’elle consiste à insulter une communauté, à inciter à la détestation raciale, et peut empêcher le cas échéant que ne soient diffusés, par exemple, l’ « Express » ou le « Point ». Agir ainsi, ce n’est pas faire œuvre « humanitaire », mais se battre pour nos propres intérêts de classe face à une société capitaliste qui veut masquer son impasse fondamentale sous les cris de haine dirigés contre les faibles.

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