La métropole : une machine de guerre bureaucratique au service du capitalisme ?

Les-différents-périmètres-de-la-métropole-lyonnaiseVous en entendrez très certainement parler dans les prochains mois : la métropole arrive à marche forcée à Lyon comme dans le reste de la France. La loi sur les métropoles est en effet en train d’être discutée au parlement. Elle mérite que l’on se penche sur la question car la métropole est loin d’être une administration de plus parmi d’autres. Il s’agit d’un vrai enjeu pour les classes dominantes avec des conséquences matérielles immédiates pour les habitants des agglomérations concernées.

Cette nouvelle structure administrative va concerner les villes de Paris, Lyon, Marseille mais également Rennes, Nantes, Grenoble, Bordeaux, Nice, Brest, Rouen, Toulouse, Montpellier, Lille et Strasbourg. A Lyon, la première étape vers la mise en œuvre de la métropole est le renforcement des liens entre le Grand Lyon et les pôles urbains voisins. Étape qui s’est notamment concrétisée par la création d’un syndicat métropolitain des transports. L’événement le plus spectaculaire sera la fusion entre le Grand Lyon et le Conseil Général du Rhône dès 2014. A terme, la métropole lyonnaise englobera dans une même institution les agglomérations de Bourgoin, Vienne ou encore Saint-Etienne. Ces compétences seront relativement larges : énergie, aménagement du territoire, enseignement supérieur, économie, logement, culture, sport etc.

L’un des buts clairement affiché de cette réorganisation administrative est de réaliser des économies en s’attaquant aux services publics de proximité.  La fusion entre le Conseil Général et le Grand Lyon doit conduire à terme à la suppression d’un certain nombre de services (maison du Rhône par exemple) accusés de faire « double emploi ». Ces économies ne serviront pas à faire baisser les impôts mais plutôt à compenser le désengagement de l’Etat qui diminue d’année en année les dotations versées aux collectivités locales tout en leur imposant de nouvelles missions à remplir.

La métropole présente également un intérêt purement politicien pour les notables locaux qui pourront cumuler plus de pouvoirs entre leurs mains. L’ambition de Collomb est de devenir le patron d’une structure de 2 millions d’habitants, structure dotée de nouvelles compétences qui passeront du Conseil Général et des communes vers la métropole.

Mais l’objectif poursuivi en priorité par la métropole est de répondre aux intérêts des classes capitalistes, au nom de la sacro-sainte compétitivité du territoire. 

La principale compétence que détiendra la métropole est le développement économique. Et ce n’est pas un hasard. La nouvelle structure doit permettre à Lyon de se positionner en termes de marketing territorial dans la course à l’attractivité que se livrent les grandes cités européennes, aux côtés de Milan, de Barcelone ou de Munich. Il est à signaler que les professionnels de la finance donnent des notes aux différentes villes en fonction de leur attractivité afin de mieux orienter les investissements en capitaux vers les agglomérations les plus rentables.

Pour continuer à s’accumuler, le capital a besoin de regrouper sur un même territoire les activités  et les compétences nécessaires à la maximisation des profits : la présence d’une bourgeoisie intellectuelle pour recruter des cadres dirigeants, des centres de « recherche et développement » pour stimuler l’innovation, des industries de haute-technologie (biotechnologie, nanotechnologie, chimie fine, pharmaceutique etc.) pour produire des marchandises à forte valeur ajouté, des infrastructures de réseaux et de transports pour faire circuler les flux, des sièges sociaux pour impulser les décisions, des médias de masse pour communiquer efficacement, des sites touristiques pittoresques et des centres commerciaux modernes pour divertir clients et visiteurs etc.  La métropole se fixe pour mission de créer les conditions nécessaires pour regrouper ces différents « facteurs de compétitivités » sur son territoire, y compris en versant des sommes considérables d’argent public à des entreprises privés. Le maître mot est le « partenariat public-privé », et tant pis si cela conduit à des contrats ou à des marchés ruineux pour la collectivité (à l’image de la récente polémique sur la reconduction du marché du chauffage urbain du Grand Lyon à l’entreprise Dalkia).
Les concepts fumeux de « villes intelligentes », de « pôles de compétitivité » ou de « milieux innovateurs » servent surtout à démontrer que l’agglomération est à la pointe quand il s’agit d’optimiser l’exploitation capitaliste. Il est en de même de l’image de marque que la ville cherche à se donner (« only Lyon ») à l’échelle internationale.

Enfin, la métropole permettra de concentrer de plus amples moyens financiers et techniques pour  mener à terme les projets pharaoniques de Gérard Collomb (Grand stade à Décines, Musée des Confluences, TGV Lyon-Turin, COL et TOP etc.). Cette politique de « grand travaux »  vise à  offrir des débouchés rentables aux capitaux excédentaires, à engraisser les multinationales du BTP et à mettre en avant l’image de l’agglomération. Ceci au détriment de l’environnement et des riverains, et  à des coûts colossaux.

Lyon, plus que jamais une ville bourgeoise !

Pendant que les grosses villes se réorganisent pour mieux centraliser capitaux, investissements et organes de pouvoirs, des territoires entiers se retrouvent à la marge des futures métropoles. Les inégalités vont sans surprise s’accroître entre d’un côté les centres des métropoles et de l’autre les quartiers d’habitats collectifs de banlieue, les quartiers pavillonnaires péri-urbains, les territoires ruraux, les territoires industrialisés, les petites villes…
Pour les prolétaires qui habitent dans les métropoles, les conséquences sont simples et prévisibles. Le processus de gentrification – d’embourgeoisement – déjà largement commencé va s’accélérer au centre de la métropole. Concrètement, seule la bourgeoisie aura les moyens financiers de faire face aux hausses des loyers. Ceci va conduire à l’expulsion des plus démunis vers les territoires marginalisés cités plus haut (aujourd’hui les ouvriers sont déjà la catégorie socioprofessionnelle la plus représentée dans les territoires ruraux, loin devant les agriculteurs).
Quand on ajoute aux hausses de loyers, les politiques mises en place pour que les prolétaires ne se sentent plus chez eux (dispositifs sécuritaires omniprésents, ouverture de lieux culturels élitistes et de boutiques à la mode hors de prix etc.), nous comprenons que les quartiers centraux de la métropole seront définitivement des enclaves aseptisées pour satisfaire les plus riches.

Autrement dit, le droit de vivre dans un centre urbain – en bénéficiant de logements dignes, de services de qualité, d’une desserte en transport en commun, d’un cadre de vie agréable… – est de plus en plus réservé aux activités économiques les plus lucratives et aux classes sociales les plus privilégiées. Nous voyons ainsi se dessiner une ville à deux vitesses, ce n’est pas encore le Métropolis de Fritz Lang mais nous nous en approchons à grand pas !

Saboter la métropole pour renverser le capitalisme 

Nous ne pouvons pas rester inactifs devant les conséquences sociales désastreuses de cette politique. Il est primordial de s’organiser pour lutter sur le terrain en faveur du droit des prolétaires à rester dans leurs quartiers. Il ne s’agit pas de quémander auprès des autorités afin d’obtenir une illusoire mixité sociale mais bien de s’affronter directement aux intérêts des classes dominantes. A ce titre, il est important de contribuer à l’expression de cet affrontement que sont les luttes pour le logement, pour la santé ou pour la préservation du cadre de vie. Et ceci aussi bien pour défendre un squat à la Guillotière, s’opposer à la privatisation du ramassage des déchets et de l’eau à Lyon, que pour sauver une maternité à Paris ou  un parc à Istanbul.
Toutefois, ces luttes défensives ne sauraient suffire si elle ne ciblent pas la responsabilité du système capitaliste dans son ensemble. Réquisitionner un logement ou occuper un parc sont des actes de résistances indispensables mais qui ne sauraient tenir sur la durée face au rouleau compresseur métropolitain et aux forces de répression étatiques au service du capital.
Enfin, il s’agit de ne pas confondre les symptômes avec la cause du problème social, comme le font ceux qui accusent des boucs émissaires (que ce soit les roms pour Valls, les juifs pour Dieudonné ou les arabes pour Marine le Pen) d’être responsables de la dégradation de la situation. Au contraire, le défi qui nous attend est de construire le parti capable d’articuler les luttes concrètes face à la métropole avec la volonté d’en finir une fois pour toute avec les racines de l’exploitation.

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