Systeme carcéral et régime de classe

Pour aller plus loin sur… permet aux sympathisants et militants d’Union Pour le Communisme d’en savoir plus sur un sujet précis. Ces textes sont préparés et écrits par des militants et présentés à tous les sympathisants. Aujourd’hui, une présentation des prisons françaises et de son utilisation comme outil de répression des classes dominantes sur les classes dominées. 

En France aujourd’hui, une personne sur mille est en prison. Une personne sur mille, c’est assez pour parler d’une aberration sociale. Une personne sur mille, c’est assez pour juger de l’opportunité de porter une réflexion marxiste à ce sujet. Le système carcéral exprime, jusqu’à la caricature, la monstruosité du régime de classe ; il est le symptôme pathologique d’une société basée sur l’exclusion, l’humiliation du prolétariat et sur un régime de propriété basé sur l’inégalité.

La prison des beaumettes à Marseille, en 2013
La prison des beaumettes à Marseille, en 2013

En ce sens il est nécessaire de porter une analyse scientifique du phénomène carcéral. Cette analyse, pour être pertinente, ne doit pas se limiter à la dénonciation d’une difformité sociale : elle ne peut être qu’une analyse en termes de classes, visant tant à la critique du système carcéral lui-même qu’au dépassement de cette société qui, dans ses manifestations les plus triviales, fait la preuve de son propre dysfonctionnement.

Panorama du parc pénitentiaire français

Au 1er janvier 2012, on comptait en France 191 établissements pénitentiaires, pour un total de 57 236 places opérationnelles. Parmi ces établissements, de grandes disparités en termes d’architecture, de règlement intérieur, d’activités, de régime de détention ; des différences de catégories, également, qu’il importe de connaître car elles déterminent une certaine répartition sociale.

  • Les Maisons d’Arrêt (MA) : y sont placées les personnes en détention provisoires, les courtes peines (moins de deux ans), ou les personnes dont le temps de peine à effectuer n’excède pas deux ans. En pratique, il n’existe pas de numerus clausus dans ces établissements, au contraire des établissements pour peine, aussi de nombreux détenus condamnés à des moyennes ou longues peines y attendent l’éventualité d’un transfert ; la surpopulation y est donc essentiellement concentrée (en moyenne, on compte trois détenus par cellule, normalement individuelles dans ces établissements). Les conditions de détention en MA sont très strictes, les détenus ne peuvent quitter leur cellule que dans un but précis et pour un temps restreint.

  • Les Centres de détention (CD) : il s’agit d’un établissement où moyennes et longues peines sont exécutées. Dans la plupart des cas, ces établissements aménagent l’ouverture des cellules (individuelles) en journée et la possibilité pour les détenus de circuler librement dans leur quartier.

  • Les Maisons centrales : les centrales reçoivent les personnes condamnés à une peine longue (supérieure à cinq ans), les multirécidivistes, les détenus considérés par l’Administration Pénitentiaire comme particulièrement dangereux, ou les détenus pour lesquels les perspectives de réinsertion sociale sont jugés peu favorables ; le régime de détention est essentiellement axé sur la sécurité

  • Les Etablissements Pénitentiaires pour Mineurs (EPM) : construits afin de remplacer petit à petit les quartiers mineurs dans les autres établissements, les EPM sont censés permettre un meilleur encadrement socio-éducatif des jeunes délinquants. La prise en charge est censée s’y faire par un binôme éducateur-surveillant, l’obligation de suivre des cours est effective jusque 16 ans. La construction de ces centres, en proposant cette modalité de condamnation des enfants aux magistrats, viole l’ordonnance de 1945 qui pose le caractère exceptionnel de l’incarcération. Sept mois après la mise en place des EPM, on recensait déjà le suicide d’un garçon de 16 ans et 72 tentatives de suicides pour 160 jeunes incarcérés.

  • Et aussi : les centres pour peines aménagées, les centres de semi-liberté.

On peut considérer que c’est dans les établissements pour courtes peines (et également dans les EPM), que se manifestent de la manière la plus significative les conflits de classes, puisque les maisons d’arrêt sont le lieu de répression, notamment, de la petite délinquance.

Au 1er janvier 2012, on comptait 64 787 détenus ; parmi eux, 57 501 condamnés et 16 276 prévenus (en attente de jugement). Le taux d’enfermement en France est de 99,1 pour 100 000 habitants, contre 96,35 au 1er janvier 2005 et 50 au 1er janvier 1975. L’augmentation du taux d’enfermement a été particulièrement spectaculaire entre 2002 et 2004 (de 48 000 détenus à 63 652), avec une durée moyenne d’enfermement en augmentation manifeste (de 4,3 mois en 1975 à 8,4 mois en 2005 et 9,7 mois en 2010).

Remarques sociologiques générales sur la population carcérale

  • Une population plutôt jeune : un quart des détenus (26%) a moins de 25 ans et près de la moitié (46,7%) a moins de 30 ans1.

  • Une population essentiellement masculine : seulement 3,4 % des personnes incarcérées sont des femmes (soit 2200 femmes)1. Les femmes sont effectivement moins souvent à l’origine d’actes délictueux, mais ce chiffre manifeste également une justice genrée. Les femmes sont en moyenne incarcérées pour des motifs plus lourds que les hommes (près d’un tiers des femmes détenues sont en prison pour atteinte aux personnes, -le double que pour les hommes2) ; si elles sont moins l’objet de procédures judiciaires, elles sont condamnées, pour des faits identiques, à des peines plus lourdes2.

  • Un niveau de scolarisation faible : sur le parc pénitentiaire de la région lyonnaise, la moitié des détenus n’ont pas de diplôme3. Sur les adultes francophones incarcérés, 21% échouent aux tests de lecture, 8% sont en situation d’illettrisme avéré.

  • Des classes populaires : un chiffre est à cet égard révélateur : en 2003, les cadres représentaient 2,6% de la population pénale, contre 17% sur l’ensemble de la population ; un détenu sur deux a été ouvrier qualifié ou non-qualifié, contre une personne sur trois sur l’ensemble de la population2. Sur le parc pénitentiaire de la région lyonnaise, 46% des détenus touchent moins que le RSA3.

Ces chiffres laissent à penser que la surreprésentation des classes populaire est due, d’une part, à une exclusion et à une humiliation sociale qui favoriserait la délinquance et la criminalité, d’autre part, à l’expression d’une justice de classe fondée sur le droit bourgeois. 18,8% des condamnés (incarcérés ou non) le sont pour vols simples et qualifiés4.

1 Chiffres au 1er janvier 2012

2 Guide prison-justice du Genepi, page 58

3 Chiffres 2011 de la direction interrégionale des services pénitentiaires de Lyon.

4 Guide prison-justice du Genepi, page 61

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