La défaite n'est pas une option

MalevitchEn France, le contenu se précise d’une batterie de mesures d’une rare violence contre les travailleurs-ses. Nous invitons tous et toutes à s’investir dans la lutte pour la mettre en échec, notamment à travers des comités de lutte contre l’accord MEDEF / CFDT, accord qui représente l’aspect le plus massif de cette offensive contre notre classe.

Qu’ils s’attaquent au droit du travail ou à l’indemnisation des chômeurs-ses, qu’ils s’attellent à la transformation de l’appareil éducatif et universitaire ou à celui de la santé, les dispositifs que nous contestons visent tous à la « compétitivité », c’est à dire à l’accumulation sans fin du capital par des géants de l’industrie et de la banque toujours moins nombreux, toujours plus puissants.

Mais, au-delà des effets immédiats des mesures qui sont censées le faciliter, que signifie ce cours économique, cette concentration internationale de l’argent, et vers quoi nous mène-t-il ? Quel est le sens profond des mesures que nous subissons ? Pour les combattre, pour informer autour de nous, il est nécessaire d’avoir des éléments pour cerner toute cette logique qui les sous-tend.

L’accumulation du capital ne tient aucun compte des frontières nationales. Elle fait la pluie et le beau temps sur les régions et les continents, selon des mouvements de fonds toujours plus rapides et erratiques. La variation journalière des valeurs boursières n’a jamais été aussi forte que ces dernières années, et n’a aucune commune mesure avec ce qui existait il y a seulement trente ans, de l’ordre de un à dix. Elle est source d’une instabilité grandissante, qui donne son aspect de château de carte à tout l’édifice social.

Les gouvernements, de la droite ou de la gauche bourgeoise, pensent que c’est cette circulation du capital qui détermine l’avenir de la société. Ils sont les fonctionnaires enthousiastes de cette force magique que, la plupart du temps, ils ne comprennent pas, mais dont ils exécutent loyalement les ordres. Aujourd’hui, la dictature de l’argent exige le sacrifice, dans un temps assez bref, des conditions de vie et de travail de toute la société.

Mais derrière cet outil périmé et imprévisible de planification sociale qu’est l’argent se déroulent des processus bien plus profonds, bien plus matériels. Ils conduisent le système à sa perte, et c’est à la conscience de cette perte qu’il faut travailler, en prenant parti dans les confrontations en cours.

La production organisée autour de la concurrence et du profit, demande la consommation de ressources énergétiques toujours plus grandes. Celles-ci sont limitées, dans un temps prévisible, par l’écosystème : leur coût d’extraction va alors s’envoler, au moment où le capital en aura un besoin plus vital que jamais. Cette courbe est exponentielle et ne peut être inversée sans mettre en cause l’ensemble des présupposés existants. Par ailleurs, la société capitaliste consomme déjà chaque année bien plus que ce que la planète peut reconstituer, et, surtout, ce seuil risque de presque doubler sur les trente prochaines années. Enfin, emballé, le capital est obligé de produire toujours plus car le prix unitaire de chaque marchandise baisse, tandis que pour réduire les coûts de production il plonge vers la pauvreté les salarié-e-s supposé-e-s les consommer. C’est sa contradiction classique, la surproduction, portée par la baisse du taux moyen de profit.

Ce système n’est donc pas seulement condamné du fait des inévitables réactions prolétariennes qu’il produira face au paupérisme et à la distorsion entre les moyens gigantesques dont dispose la société, et leur emploi si scandaleusement contraire à la décence. Il l’est car toute son industrie, toute son organisation économique tendra, dans les années à venir, vers un point de saturation du cannibalisme social et de la catastrophe écologique, au-delà duquel la société s’effondre car elle n’est simplement plus possible.

La véritable question est donc de savoir ce qui succédera à cette organisation du monde. Le vieux dilemme stratégique de socialisme ou barbarie, guerre généralisée ou révolution reprendra toute sa force pratique, dans un avenir assez proche. Il ne s’agira plus, dès lors, d’un mot d’ordre idéaliste, d’un cri de guerre, mais d’une certitude basée sur des faits concrets.  Les voici : la population de la planète a doublé en quelques décennies ; plus de la moitié de ses membres sont désormais des citadins, une révolution technologique nouvelle se déroule sous nos yeux. Chaque fois que le mode de vie, la technique et la démographie ont connu de tels bouleversement dans l’histoire, tous les principes antérieurs se sont effondrés.

Toutefois, il est inédit qu’une évolution de ce type se déroule à une telle échelle, sur un temps si court, dans un monde désormais unifié et dans un contexte à la fois d’abondance, mais aussi d’instabilité. Du fait de celle-ci, la société socialiste pourrait aussi bien ne pas voir le jour. Les stocks d’armes gigantesques dont disposent les bandes rivales du capital, la désorganisation générale de l’environnement ouvrent aussi bien la voie à des catastrophes militaires, des destructions grandioses et indélébiles dont celles de Fukushima ne seraient qu’un avant-goût.

La défaite n’est donc pas une option, la victoire est vitale. Ses conditions se préparent dès maintenant, dans les révoltes qui éclatent et vont éclater contre les coups qui pleuvent et la misère qui grandit. Au-delà de leurs résultats immédiats, le point déterminant est qu’une forte minorité révolutionnaire émerge dans ces combats, un bloc soudé des exploités en lutte contre l’exploitation, contre ce monde de pénurie et de catastrophes, pour préparer l’avenir. Le temps est venu de reconstruire le mouvement communiste.

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